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Mémoire de certification en coaching professionnel

21/09/2015

 

La retraite : accompagner le couple vers ce nouvel espace de vie.

 

Mémoire de certification en Coaching professionnel

 

 

 

 

 

 

 

« Un homme n’est vieux que quand les regrets ont pris la place des rêves »

John Barrymore

 

 

 

 

 

  Sommaire

 

Introduction…………………………………………………………………………………….…………………4

 

Chapitre I. La retraite : Le « grand bouleversement » dans la vie du couple……….…………....…………..8

 

Retour sur la place du travail dans la construction d’une vie………………………………………..8

 

Fonction identitaire. Le risque de perte d’identité………………………………..……………...8

 

« JE » reconstruis : faire face aux pertes et impact pour le couple…………...………………..11

 

Le changement et le deuil pour la personne……………………………………….…………….13

 

Les couples et la retraite……………………………………………………………………………….17

 

Evolution de la place de chacun au sein du foyer………………………………………………..17

 

Evolution du couple………………………………………………………………….……………21

 

Les enjeux dans la relation : la communication, la temporalité et l’espace………………………..25

 

La notion de communication……………………………………………………...………………25

 

Une réorganisation complète de sa réalité, de son espace et temporalité…………….………..29

 

Chapitre II  Accompagner face au changement, angles de vue d’un coach………………………………….33

 

Aspects de ma pratique actuelle de coaching………………………………………………………...34

 

Quelle est ma vision ?.......................................................................................................................34

 

Utilisation d’outils ? Différentes approches……………………………………………………...37

 

L’importance de l’accueil et le 1èrRDV………………………………………………...………..37

 

Accompagner le couple……………………………………………………………………….………..39

 

Structure du couple………………………………………………………………………...……...39

 

Gestion du stress…….……………………………………………………………………..………42

 

Notion de troisième écoute………………………………………………………………..………43 

 

Pistes pour un coaching de transition………………………………………………………………...44

 

Pourquoi je m’attarde sur l’approche systémique…………………………..………………….45

 

Le deuil, comment faire ?................................................................................................................48

 

Impact de la double contrainte de Bateson……………………………………...……………….50

 

Modèles de communication de Watzlawick et Bateson, les 5 axiomes…………………………52

 

Conclusion………………………………………………………………………………………..………………56

 

Annexes……………………………………………………………………………………………..……………60

 

Bibliographie………………………………………………………………………………………...…………...62

 

 

Introduction 

 

Présentation du projet et cheminement de ma pensée.

L’idée de ce mémoire m’est venue d’une conjonction des éléments suivants : mon parcours de professionnel des ressources humaines et l’envie de retravailler sur le sujet d’accompagnement des seniors vu du coté du coaching professionnel cette fois.

J’avais déjà finalisé une recherche sur le sujet des seniors en France et en Europe lors de mes études en ressources humaines, mais d’un aspect d’intégration dans les entreprises et avec un regard de conseiller en orientation et projet.

J’ai accompagné des cadres en recherche d’emploi et quelque peu en perte de repères. Et bien entendu, souvent il s’agissait de seniors en fin de carrière.

J’ai ainsi pu accompagner quelques personnes arrivant à la retraite. Je pouvais lire de façon très claire l’inquiétude, voire le désarroi dans leurs yeux quant il s’agissait d’envisager leur retraite ou de travailler sur un projet de préretraite.

 

C’est donc tout logiquement que je me suis interrogé sur le processus qui se met en place suite au passage à la retraite.

En effet la vie peut être scindée en trois temps : la jeunesse, la vie active et la retraite. Bien que cette dernière puisse être vécue différemment selon les individus, elle constitue un passage, une transition.

 

Selon le degré de préparation, d’anticipation, elle peut être synonyme de forte déstabilisation et génératrice d’angoisse.

Nous pouvons facilement mesurer l’importance pour le coach d’être présent dans la mesure où nous sommes bien en présence d’une transition de vie telle qu’elle est définie comme « un changement de représentation de système personnelle et interpersonnelle d’un individu»[1].

Or, le changement exige « une stratégie d’adaptation comportementale ».Il s’agit bien pour la personne de se réinventer, d’apprendre à apprendre. Mais aussi comme l’explique Xavier GAULLIER :

« D’apprendre à devenir »[2].

Dans un premier temps, j’ai décidé d’activer mon réseau professionnel et personnel. Mon choix s’est porté sur une méthode personnelle de recherche, qui s’intéresse à des personnes se trouvant dans une situation soit de départ, soit en préretraite ou alors parties depuis peu.

J’ai choisi de mener des entretiens et d’interviewer des personnes en face à face et dans certains cas de proposer un accompagnement personnalisé par le coaching.

Lors d’un entretien, au hasard d’une rencontre, un aspect a émergé : celui de la place du couple dans ce processus.

Voici comment.

Henry[3] m’a été présenté par un ami commun comme un « type fragilisé » par son départ à la retraite. Il avait occupé des postes respectivement d’ingénieur et puis de DRH au sein d’une grande entreprise française. Une carrière riche de plus de 43 années était maintenant derrière lui. Très attaché à son travail, du jour au lendemain il se retrouve « à ne rien faire à la maison » sans plus aucune activité.

 

Je suis allé chez lui sur invitation un samedi pluvieux comme il y en a souvent en Haute Normandie durant la saison hivernale. Après nous être installés confortablement dans le salon, et une fois les présentations faites, Henry me propose du café et me parle non sans regret et une certaine nostalgie de son job, de ses compétences, de son savoir-faire. Il précise plusieurs fois que son entreprise l’a « laissé partir » en lui demandant de transmettre son savoir faire acquis pendant « toutes ces années » à deux personnes en interne, déjà connues par le service des ressources humaines.

Peu après que nous ayons commencé l’entretien, son épouse est venue me saluer et prendre un café avec nous. A ma grande surprise, elle est restée avec nous et j’ai commencé à m’interroger sur la raison de sa présence.

Quelques instants plus tard, je me suis rendu compte que cela n’était pas anodin et qu’elle souhaitait vraiment prendre part à notre entretien. Elle voulait m’expliquer la situation telle qu’elle la vivait  depuis « le retour de son mari à la maison ».

Henry a semble-t-il un « caractère assez trempé » et lorsqu’il est à la maison « cela ce voit ».

De ma place, j’ai pu percevoir un vrai malaise dans leur relation suite à cette conversation, compte tenu de la description que Nicole, l’épouse d’Henry, a faite de son mari et de son comportement. Il m’a semblé percevoir une forme de conflit que je n’avais pas forcément imaginé avant.

J’ai décidé d’approfondir ce sujet qui me paraissait désormais passionnant et j’ai pu avoir la connaissance d’autres situations dans l’entourage de mes proches ou de mes collègues. Le mari d’une de mes connaissances depuis son retour,  ne trouvait pas sa place à la maison, un peu de la même façon et le père d’une amie ne trouvait plus de terrain d’entente avec son épouse suite au changement des rôles dans le couple.

 

Il y avait une vraie problématique donc à étudier, à comprendre et à analyser ici. Il y avait un enjeu et un sens à approfondir ce sujet. Quelles solutions par le coaching je pourrais apporter pour un retour vers l’équilibre ?

Qu’est-ce que le coaching peut faire émerger dans cette démarche ?

Quelles stratégies utiliser lorsqu’on se retrouve face à un couple en pertes de repères ou encore en conflit suite au changement de situation ou de statut ?  Comment adapter la palette des outils à portée du coach pour accompagner efficacement ces personnes ? Je vais tenter ici d’apporter des réflexions en me basant sur mes observations de coach.

Voici quelques statistiques parlantes[4] :

90% des Français veulent mettre à profit le début de leur retraite pour « s’occuper de soi », bien avant les autres (62%).

Les Français voient, dans le passage à la retraite, le temps de prendre soin de soi : pratiquer un sport plus régulièrement (37%), se cultiver en prenant le temps de lire, d’écrire (36%) ou de visiter des expositions et des musées (27%) ou enfin profiter de très longues grasses matinées (30%).

 

Les 100 premiers jours sont également perçus comme une prise de conscience de sa responsabilité vis à vis des autres : 53 % des Français déclarent qu’ils souhaiteraient s’occuper davantage de leur famille, 23% créer une association et 5% enseigner.

Le changement de décor est la première illustration et la manifestation tangible du changement de vie : 25 % des Français envisagent de déménager dès leur passage à la retraite, 47 % de bricoler ou de retaper leur maison.

Le fait de ne plus être immergé dans le quotidien professionnel est également l’occasion de réaliser rapidement certains rêves : 35% des Français se projettent dans un tour du monde dès les 100 premiers jours de leur retraite.

37% des Français déclarent que prendre sa retraite aura un impact positif sur la vie de couple. Ils y voient certainement l’afflux de temps à passer ensemble qui ouvre la voie à des activités partagées.

Et 26 % des Français voient, dans ces 100 premiers jours, une « zone de risque ».

On voit clairement que la retraite correspond pour les personnes à un temps privilégié pour prendre soin de soi, concrétiser des projets non réalisés jusqu'alors, par manque de temps, autant de raisons qui peuvent constituer une demande de coaching.

 

 

 

Chapitre I. La retraite : Le « grand bouleversement » dans la vie du couple.

 

 

Retour sur la place du travail dans la construction d’une vie.

 

Le travail occupe une place centrale dans la vie des hommes, d’une part en raison du temps que nous lui accordons, d’autre part, en raison du sens que nous lui donnons.

Pour comprendre les enjeux qui sont à l’œuvre lors de ce passage vie professionnelle/retraite, il est nécessaire de revenir sur le rapport que l’homme entretient avec le travail.

Du point de vue de la sociologie, le travail représente une expérience centrale de la vie en société. Il est l’un des agents secondaires de socialisation, qui permet aux individus de s’intégrer à la société, par l’apprentissage et le réinvestissement de valeurs et de normes qui peuvent être propre au monde du travail.

La psychodynamique du travail offre quant à elle une vision intéressante en ce sens où il est question de comprendre les processus dynamiques qui se mettent en place par la rencontre entre la personne en tant que sujet et le monde du travail (organisation, hiérarchie, collègues, tâches…) Dans cette rencontre, cet échange, se joue l’identité de la personne. En quoi ?

 

 

Fonction identitaire. Le risque de perte d’identité.

 

Afin d’étayer notre propos, nous nous appuierons sur Christophe DEJOURS, psychiatre et psychanalyste français, fondateur de la psychodynamique du travail.

Il explique d’une façon très claire les liens entre travail et identité. Selon lui, le travail est le lieu où s’exerce la subjectivité de chacun. En effet, travailler, c’est user de son intelligence car nous ne nous cantonnons pas simplement à exécuter une tâche. Nous la repensons, que ce soit au niveau du chemin à parcourir pour la réaliser qu’au niveau des solutions à trouver devant les obstacles.

 

C’est donc la personnalité toute entière de chaque individu qui est impliquée. Pour Christophe DEJOURS, « le travail permet d’enrichir la personnalité et d’accroitre la subjectivité. Travailler, ce n’est jamais uniquement produire, c’est se transformer soi-même »[5].

 

Par ailleurs, l’identité de chacun dépend également du collectif. En effet, nous attendons tous une rétribution dans le fait de travailler. Hormis le salaire, il s’agit d’une rétribution symbolique : la reconnaissance.

Elle s’exerce par les jugements d’utilité et d’esthétisme. Le premier, qui correspond à « ce que j’ai fait », est donné par la ligne hiérarchique. Nous acquérons un statut, celui de travailleur bénéfique pour la société. Le second s’exprime en termes d’esthétisme : « faire du bon travail ». Il ne peut être rendu que par les pairs, ceux qui connaissent le métier. Il permet l’appartenance à un groupe. Par cette reconnaissance symbolique, nous retirons du travail un plaisir, un développement de l’identité : nous avons une meilleure estime de soi.

Dès lors, nous pouvons facilement envisager la perte de repères subies pour une personne qui, après plusieurs dizaine d’années de vie professionnelle, se retrouve chez elle.

 

D’un point de vue psychologique, Xavier GAULLIER, sociologue, évoque cette transition comme « un défi ». Sans pour autant induire l’idée que cela entrainera pour tous une dépression, il s’agit de se « repenser », d’entreprendre une reconversion.

Là encore, X.GAULLIER précise que « cette période critique donne lieu à une crise d’identité nouvelle pour tous les individus ». Selon lui, il faut faire face à des repères identitaires traditionnels avec lesquels ils ont vécu, mais qui ont disparu : la question du sens de leur action, de leur utilité, de leur place face, et dans un groupe.

Ces repères étaient des « réducteurs d’incertitude ». S’il est possible de nuancer le mot « perte », il s’agit tout au moins de changements, suffisamment importants, pour que la personne soit dans l’obligation de rechercher de nouvelles formes identitaires. Car, selon X.GAULLIER, « ce qui est en jeu derrière tout cela, c’est finalement l’estime de soi, la cohérence, le sens de son existence, et en définitive, le désir des individus, ce sur quoi ils vont investir et pouvoir incarner leur désir de vivre ».

 

Plus largement, les personnes retraitées vont être en quête de nouveaux rapports, que se soit avec des activités (bénévoles ou non), leur entourage (amis, familles, nouvelles connaissances) et leur conjoint(e). Cette démarche peut être source d’envie, de découverte ou encore de curiosité et d’ouverture. Mais également, source d’inquiétude voire d’angoisse, en raison du rapport au temps. Il ne s’agit plus d’envisager sa vie par rapport au passé, mais bien par rapport au temps qu’il reste, celui qui se trouve « devant moi ».

 

Entre perte d’identité, de repères, quête relationnelle, la question se pose alors : comment le couple va-t-il réagir ?

Selon X.GAULLIER, les problèmes de couple apparaissent. Il évoque un « avenant au contrat de mariage ». Il s’agit « de retrouver la bonne distance à la fois territoriale et psychologique dans un couple qui doit apprendre à vivre ensemble à plein temps ».

 

Ce n’est pas la retraite en tant que telle qui provoque ces difficultés, mais la perte des repères traditionnels qui existaient pendant la vie professionnelle. Par ailleurs, ne plus être en situation d’emploi entraine les réminiscences d’autres problèmes jusqu’alors masqués.

Compte tenu de ces éléments, nous pouvons envisager le fait que l’identité du couple, construite conjointement durant de nombreuses années, va elle aussi subir une perte de repères.

Pour comprendre cela, il est nécessaire de revenir sur la façon dont un couple se forme.

Alain GIRARD, en 1974, mène pour l’Institut National des Etudes Démographiques, une grande enquête intitulée « Le choix du conjoint, une enquête psychosociologique en France ». Il parvient à déterminer, sous le terme d’homogamie, que nous ne choisissons pas « n’importe qui » comme conjoint. En effet, notre choix serait lié à notre situation socioprofessionnelle. Le conjoint appartiendrait de fait au même groupe social et/ou professionnel que le mien.

 

Bien que cela laisse sous entendre qu’un couple est la constitution de deux êtres semblables, au moins concernant leur appartenance socioprofessionnelle, il est important de nuancer ce concept.

Selon J.C. KAUFMANN, sociologue[6], il ne s’agit pas de globaliser les ressemblances entre conjoints. « Si la recherche de la proximité est fréquente dans le choix du conjoint, elle n’est pas systématique : la recherche de différences est peut-être aussi importante. »

Par ailleurs, la recherche de similitude se fait sur les autres registres tels que la culture, les goûts ou encore les manières. « Les futurs partenaires découvrent la possibilité de s’unir parce qu’ils ont un langage commun ». Enfin, nous recherchons une certaine complémentarité, donc des différences, afin de s’enrichir mutuellement. Il s’agit par tous ces aspects d’aboutir à une unité conjugale.

Celle-ci s’inscrit dans un renforcement de l’identité. L’être choisi sera synonyme de complémentarité et de proximité. Cela pourra faire naître un conflit interne que nous chercherons à combattre, en renvoyant sur l’autre les discordances, dans une quête de cohérence de ce que je suis, appelé « moi conjugal » par François de SINGLY. (Sociologue)

 

Selon J.C. KAUFMANN, cela permet de repousser le « moi négatif sur le conjoint et de renforcer sa propre valeur ». Il s’agit bien là d’un processus dynamique où chacun, selon qui il est, va devoir se redéfinir.

Le couple est donc dans une recherche mutuelle du renforcement de son identité propre : le regard de l’autre nous fait nous sentir unique et construit l’individualité. Nous ressentons l’amour pour soi. Cela a des effets sur l’estime de soi. Pour J.C. KAUFMANN, l’élan passionnel fixe l’identité sur un objet, la stabilisant ainsi, et la personne aimée renforce en retour le travail personnel de construction de soi.

Ce renforcement de l’identité et cette recherche du moi conjugal s’inscrit dans la durée. En effet, J.C. KAUFMANN décrit le cycle de vie, avec notamment celui qu’il nomme comme étant le 3ème : « le temps du confort ». Passé le temps de la découverte et celui des compromis, où chacun a cherché à se sentir en accord avec ce moi conjugal balbutiant, ce temps permet de définir un cadre « de bonnes façons ». Le couple se laisse porter. Il y a un confort du quotidien et un confort identitaire.

Ainsi, la retraite peut être un élément perturbateur.  En perdant son statut, son rôle et son groupe de pairs, la personne retraitée va chercher à savoir de nouveau « qui elle est ? ». S’il s’agit de se reconstruire une nouvelle identité, un « je », elle va devoir conjuguer cet éventuel « nouveau moi » avec un « nous conjugal».

 

 

« JE » reconstruis : faire face aux pertes et impact pour le couple

 

Rechercher ou reconstruire une nouvelle identité suppose de faire face aux pertes subies lors de la transition qu’est la retraite. Au-delà de celle hautement importante qui concerne l’identité, il s’agit de celle liée au statut acquis lors de la vie professionnelle.

Cette réflexion est indispensable car elle va également impacter sur le couple, comme l’explique Sophie MUFFANG[7] : « le conjoint est embarqué dans la tourmente, dans une position de second rôle délicate à tenir. » Il s’agit « d’un processus qui atteint l’un, l’autre et leur couple ». Nous l’avons vu précédemment, par le travail, l’individu développe sa propre identité et fait naitre un sentiment d’utilité et de confiance en soi, une image de soi positive.

Selon Lucie MERCIER[8], « il arrive à certains retraités de ressentir un manque et un vide semblables à ce qu’éprouvent parfois des gens ayant perdu leur emploi. Ils ont le sentiment d’êtres inutiles et de ne plus être reconnus socialement ».

 

Par le travail, nous nous insérons dans une identité sociale, que nous recherchons, car là encore, elle est source d’estime de soi, en raison du regard que l’autre nous renvoie. Nous prenons de la valeur.

L’enjeu est bien présent : le temps professionnel permet de tisser des liens qui contribuent à une identité sociale. Le collectif tient donc une place importante, parce qu’il crée un sentiment d’appartenance.

L’appartenance à un groupe permet de se situer, d’être évalué et surtout de se reconnaitre. Le passage à la retraite entraine un vide, une non reconnaissance et inutilité.

Philippe HOFMAN, montre combien ce sentiment d’appartenance est important, y compris lorsqu’il ne peut plus s’exercer : « Quel que soit leur passé, les séniors évoquent toujours leur métier avec une certaine fierté et de la nostalgie. Ils étaient reconnus par leur fonction qui leur donnait une valeur face au monde ».

En effet, il n’est pas rare de rencontrer des séniors qui, même une fois la retraite effective, continuent de se présenter en indiquant ce qu’ils faisaient, le poste qu’ils occupaient, voire le grade qui les situaient non seulement au sein de l’entreprise mais également aux yeux de la société.

Lorsque sentiments d’inutilité sociale et de non appartenance s’entrelacent, le principal danger est alors de se replier sur soi et de ressentir un profond sentiment de solitude.

De fait, devant ce vide ressenti, face à la question : « qui suis-je, suis-je encore visible pour les autres ? », les répercussions sur le couple sont inévitables.

 

Le couple est en perpétuel mouvement, il n’est pas construit ou nourrit à partir de deux histoires figées. Selon P.HOFMAN, « on vieillit à deux comme on a toujours vécu. » Cependant, l’enjeu ici est de faire face à une crise individuelle liée à la retraite et bien souvent à celle du « mitan » de la vie, et à une crise que le couple traverse en raison des années qui passent. Chacun doit donc se positionner au regard de ce que lui renvoie la retraite, les effets que cela produit sur la vision que chacun a de l’autre et la vie passée à deux, dont il s’agit parfois de faire le bilan.

Il sera alors possible d’observer le rejet sur l’autre d’une forme d’agressivité, d’impatience, ou des signes de dépression. La communication au niveau du couple s’en trouvera biaisée : incompréhension, désaccord, pouvant aller jusqu’au silence.

Par ailleurs, dans le couple, chaque partenaire tient un rôle, une fonction, établis au fil de la relation : celui qui protège, celui qui organise, celui qui prévoit, celui qui est plus spontané…A la retraite, nous pouvons assister à un renversement des rôles. Le retraité peut alors montrer de lui (ou d’elle) une image régressive, qui pousse l’autre à investir le couple d’une façon différente. Tout cela bouscule les repères : le leader d’antan devient comme un enfant dépendant.

Selon Anasthasia BLANCHE[9], « la menace pour les couples peut prendre différents visages : celui de la dépression, menant de l’appauvrissement relationnel à l’isolement, ou à la rigidité mentale ».

La relation doit alors être repensée, sinon le couple peut en effet entrer dans une nouvelle phase de « différenciation ». La phrase type serait « je ne te reconnais plus ». A l’origine, cette phase est la seconde après celle appelée « période de fusion », dans la vie d’un couple. Elle est caractérisée par une forme de désillusion face à l’autre et par le fait qu’elle n’est pas simultanée. Alors que « la différenciation » est un cheminement logique dans les débuts d’un couple, elle est à craindre au moment de la retraite, car pour être surmontée, elle s’appuie nécessairement sur la communication entre les partenaires.

 

 

Le changement et le deuil pour la personne.

 

Changement, deuil, passage, nouveau cycle, tournant, étape, crise, rupture, renouveau…Les termes ne manquent pas lorsqu’il s’agit de qualifier ce que représente la retraite. Cependant, ces mots sont davantage le fruit de sociologues, psychologues et autres.

 

Il est intéressant de constater que les personnes interviewées décrivent la retraite par des actions qu’elles vont pouvoir enfin envisager, par l’aspect « nouveauté » de la chose. Or, après énoncer ce qui apparait comme un événement positif, le ton devient bien plus nostalgique. Il se passe effectivement en elles quelque chose, qu’il convient de comprendre pour mieux accompagner la personne coachée.

 

Dans le Larousse, le mot Deuil est défini, entre autre, par « un processus psychique mis en œuvre par le sujet à la perte d’un objet d’amour extrême. » Notons qu’il vient du latin « dolus » qui signifie douleur. Sans toutefois comparer le travail à un objet d’amour extrême, il convient d’appréhender ce que l’expérience « travail », avec ce que nous avons vu, dans l’idée de ce qu’il représente,    peut signifier comme perte.

Aussi, lorsque nous perdons quelque chose, nous cherchons à comprendre comment le surmonter. L’expression bien connue « il faut faire ton deuil », prend tout son sens, à condition d’en comprendre l’approche.

Pour cela, je propose de reprendre les travaux d’Elisabeth KÜBLER-ROSS[10]psychiatre et psychologue, qui décrit 5 étapes du deuil, en précisant qu’elles peuvent s’appliquer à tout changement significatif dans une vie, comme la retraite.

Ces étapes permettent de comprendre là où en est la personne ou de les prévoir avec elle :

  • Le choc, le refus : cela se voit notamment chez les retraités qui gardent des liens avec le travail, prenant des nouvelles des dossiers ou autres. Leurs pensées, leurs discours sont emprunts de ce qu’ils faisaient.

  • La colère : la personne laisse sous-entendre que les autres ne comprennent pas, elle ressent de l’injustice, avec une sensation d’abandon.

  • Le marchandage : la réalité peut se faire plus concrète, il y a encore un certain refus, mais il n’est plus aussi massif. La personne va chercher des moyens pour garder la maitrise des choses.

  • La dépression : cela peut durer plus ou moins. C’est le moment des remises en questions, « qui suis-je », « qu’ai-je fait », « et maintenant »…Cela peut être source de regrets, de tristesse et de détresse. La personne va devoir mettre des mots sur ce qu’elle ressent afin de trouver un nouveau chemin.

  • L’acceptation : forte d’avoir analyser les maux, c’est le temps de l’assimilation. La personne a accepté l’idée d’aller vers autre chose, parce qu’elle a identifié ses besoins, ses envies, ce à quoi elle aspire avec ce nouveau « moi ».

Compte tenu de ces étapes, il y a effectivement lieu de reprendre l’idée qu’il s’agit d’un processus de transition et que ce dernier, va concourir à un changement.

Selon le Larousse, il est défini comme étant le « passage d’un état à un autre, une modification profonde : tout ce qui rompt les habitudes, l’ordre établi. »

 

Selon les sociétés, « les passages » sont vécus sous forme de rite.

Bien que les sociétés occidentales tendent moins vers de telles pratiques, il en subsiste quelques unes, hautement symboliques, comme le « pot de départ ».

Ce rituel, appelé « rite de passage », structure un moment de vie, une étape. Il peut s’agir d’une reconnaissance, d’un hommage, mais aussi, d’un enterrement symbolique, d’un « au revoir ».

Le moindre détail va prendre de l’importance et aura une incidence pour la suite :

  • qui organise ? (fête surprise, les collègues avec la complicité du conjoint(e), ou la personne elle-même),

  • l’endroit (à l’intérieur ou pas de l’entreprise, décoré ou non),

  • les personnes présentes (collègues, hiérarchie, conjoint(e)),

  • les cadeaux (le mérite-t-on, si oui, ce seront en plus des indices pour une nouvelle identité),

  • les discours (par celui qui part, ses collègues et/ou hiérarchie),

  • la nourriture et les boissons (petit-four ou simples gâteaux apéritif, vin blanc bon marché ou champagne),

  • qui paie ? (l’entreprise ou la personne).

 

Selon la qualité du « pot de départ », la personne en retirera plus ou moins d’estime de soi, de reconnaissance et de valeur.

Bien que les mots « deuil, perte » puissent évoquer la peur, l’angoisse, nous devons avoir à l’esprit que ces passages, ces changements font parties intégrantes de la vie. Il est nécessaire d’accentuer l’idée qu’ils sont sources de remises en question, d’une manière ou d’une autre : enrichissantes.

Selon Anasthasia BLANCHE, « notre psychisme évolue par crises et deuils successifs. Ce sont des mécanismes de développement et de maturation psychiques ».  Comme dans toutes pertes, il ne faut pas voir seulement le côté négatif, il faut arriver à percevoir les gains potentiels.

Pour cela, il est nécessaire de revenir sur deux points : anticiper la retraite, ne serait-ce que par la représentation que l’on peut en avoir et préparer ce moment avec son/sa conjoint(e).

 

Selon Sophie MUFFANG, « se représenter, c’est créer des images, mettre des mots, sur ce qui nous arrive, ce que l’on éprouve, ce que l’on pense, ce que l’on comprend ».

Ce temps est un moment clé. Il va symboliser le changement, la perspective, avec déjà, ce nouveau « moi » dont le potentiel ne demande qu’à sortir au grand jour. Créer, imaginer, c’est à la fois partir de l’existant mais aussi découvrir ce que nous pourrions être. Nous voyons bien les différents sentiments qui pourraient de nouveau apparaitre, dans cette période un peu trouble comme : le plaisir, l’envie, la curiosité.

Jean Claude KAUFMANN parle de « créativité identitaire », qui permet de mobiliser chez tout homme bon nombres de ressources parmi lesquelles les ressources relationnelles.

 

Ce moment de redéfinition de soi, de deuil, d’anticipation par la création doit se faire dans un premier temps seul. Mais il aura inévitablement des incidences sur le couple.

Anasthasia BLANCHE avance l’idée d’un « renouvellement du pacte conjugal », ou encore « après le Je, reformuler le Nous ».

Face à ces pertes, le premier interlocuteur sera l’autre. Il va faire les frais des tiraillements identitaires du retraité, peut-être sera-t-il lui-même dans cette position si la retraite est simultanée. Les enjeux sont multiples et ils sont nombreux à questionner le couple : « comment va-t-on vivre ensemble 24h/24 ? ».

Le conjoint peut également être inquiet de ce nouveau « moi ». Et s’il ne convenait plus ?

La première arme est bien de parler, à deux, de ce qui se passe. Chacun doit pouvoir expliquer à l’autre ce qu’il ressent, sans chercher à lui faire entendre raison. Il s’agit de retrouver une forme de partage à travers ce même moment mais vécu de façon différente.Il s’agit davantage d’être solidaire, avec l’idée de (re)trouver une complicité.

 

Le passage à la retraite représente un moment intense de questionnements pour tout individu. Il y a lieu d’interroger la place qu’occupait le travail, de l’être devenu mais également en devenir. Dans ce tourbillon, le conjoint est embarqué. Il n’y a pas de situation type. Chaque personne est unique et dans ce contexte, le « 1+1=3 » devient un enjeu majeur.

Pour comprendre ce qui est à l’œuvre, il est nécessaire d’approfondir la notion de couple et les relations qui se jouent au sein de ce « nous » conjugal.

 

 

Les couples et la retraite.

 

L’homme et la femme ne vont pas vivre la retraite de la même manière. En effet, comme l’énonce Anasthasia BLANCHE : « Même si les grandes questions existentielles sont identiques pour les deux sexes, notre identité sexuée et notre façon de répondre aux questions seront différentes selon que nous soyons femme ou homme ».

 

Les couples retraités de la génération actuelle se sont forgés à partir de leur propre histoire, leur culture, leur préférence mais ils ont aussi évolué au sein d’une société qui a changé et fait bouger les lignes concernant la place de chacun.

 

 

Evolution de la place de chacun au sein du foyer

 

La génération de femmes retraités actuelles est la première génération qui aura bénéficié des changements de mentalités concernant leur rôle, leur place, à la fois dans la société et dans le couple.

Finie l’image de la dépendance aussi bien identitaire, matérielle et financière. La femme est reconnue avec toute sa légitimité à occuper un emploi, lui reconnaissant par la même occasion des compétences autres que maternelles.

Il lui est possible de revendiquer ce qu’elle est, ce qu’elle aspire à être et ce qu’elle veut. Cependant, la femme est confrontée à l’image de la « super woman », devant presque prouver ses capacités, à être à la fois une femme active, une mère et une amante.

 

Quant aux hommes, ils ont du apprendre à faire une place aux femmes, à leur côté, et non plus à l’arrière plan. Cependant, leur rapport au monde professionnel a peu évolué. Bien sûr, nous voyons, des hommes renoncer à leur travail pour s’occuper à plein temps des enfants et de la maison, mais ces situations sont encore marginales. Pour la plupart, avoir un travail c’est jouer un rôle protecteur envers la famille, le couple, par l’aspect financier, et c’est aussi asseoir sa virilité, doper son capital de besoin de reconnaissance.

 

Ainsi, ces deux mondes vont inévitablement aborder la retraite de façon différente, d’autant plus que se mêlent à ce moment de la vie, la question de la « crise du milieu de la vie » et celle du vieillissement.

 

Concernant la terminologie « crise du milieu de la vie », elle a été proposée par Elliot JAQUES, psychologue canadien[11]. Il distingue deux crises importantes de la vie : celle liée à l’adolescence et celle liée au milieu de la vie, qui marque l’entrée de l’homme dans l’âge mûr.

 

Didier ANZIEU et René KAES (Le travail de l’inconscient), reprennent les travaux d’Elliot JAQUES, en précisant que celui qui entre dans cette crise, devient conscient de l’inévitabilité de sa propre mort et donc de l’urgence d’une réalisation de soi.

Il s’agit bien d’une période où les questions sur soi : « qui suis-je aujourd’hui, qu’ai-je fait de mes rêves, mes envies ? », viennent bousculer là encore les repères identitaires.

 

Selon les observations de Danielle QUINODOZ[12], psychanalyste, lors de séances avec ses patients, elle remarque que bien souvent la crise est en rapport avec le sentiment d’identité. Nous nous épuiserions à rechercher un modèle, un idéal, chez nos pairs ou quelqu’un que l’on admire, non conscients de ce que nous valons. Alors que pour se reconnaitre de la valeur et une capacité à créer, à construire, il suffirait d’être « simplement soi-même ». Par cette expression, Danielle QUINODOZ entend une incapacité à penser que ce que nous sommes, représente bien quelque chose aux yeux d’autrui. Nous préférons nous taire alors même que nous souffrons de ne pas pouvoir nous exprimer, nous montrer tels que nous sommes. Le plus souvent, la cause en est une angoisse de solitude : nous n’osons pas, par crainte d’être rejetés ou mis à l’écart, comme discrédités.

 

A travers cela, c’est bien l’image de soi qui sera mise en question : quelle valeur je m’accorde, je me reconnais, pour me sentir légitime, à mes yeux et ceux des autres ?

Homme et femme ne sont pas égaux concernant cette question, notamment au regard de la vieillesse.

Bien que les hommes doivent faire face également au vieillissement, il semble que ce tournant représente un plus grand enjeu pour les femmes.

D’un point de vue biologique d’abord, la ménopause est une période de turbulences et de grande vulnérabilité. Des phrases comme « je ne suis plus désirable », « je ne sers plus à rien » ou « mon mari ne me regarde plus », reviennent très souvent dans le discours des femmes à partir de  50 ans.

Selon A. BLANCHE, « de profondes angoisses d’abandon émergent, placées sous le signe du « lâchage » corporel, social et identitaire ».

 

La ménopause vient rompre un aspect essentiel concernant la temporalité vécue et ressentie chez la femme. Alors que le temps était vécu de façon cyclique, il change, et vient annoncer la fin de toute possibilité d’enfanter, de donner la vie. La femme peut se trouver alors face à des angoisses de mort.

L’identité féminine placée sous les signes de jeunesse, beauté, séduction et fécondité, va être mise à mal.

Par ailleurs, c’est un moment où les femmes questionnent leurs rapports mère/fille : de quoi ai-je hérité, quels modèles m’ont été transmis ?

Pour Catherine BERGERET-AMSELEK[13], « il s’agit de s’autoriser à vivre cette période mieux que sa mère », tout en faisant face à la blessure narcissique causée par les pertes nombreuses.

D’un point de vue social, les femmes se sentent dans l’obligation « de ne pas avoir le droit » : de vieillir, de lâcher prise, de ne plus avoir à prouver leurs multiples compétences. Les publicités montrant sans relâche la jeunesse, ces visages lisses, sans relief, les amènent à ne pas se sentir libres d’être telles qu’elles sont. La menace d’une jeune femme séductrice auprès de leur mari, annihile toute confiance en elle et provoque peur et insécurité.

 

Pourtant, dans cette quête du nouveau « je », il est essentiel de penser autrement cette période : ce qui a été accompli peut me rendre fière. Ce socle de confiance doit engendrer un réel plaisir, une curiosité à creuser ce qui peut encore être accompli, avec une maturité, une sagesse, une sérénité, dues à l’âge. Cela représente un temps sans pression, sans contrainte de jugement : il s’agit de savourer, et alors que le temps semble se rétrécir, prendre justement son temps.

« De notre capacité à nous sentir moins menacée de l’intérieur par le sentiment de ne plus être séductrice, mais séduisante, et celle d’être séduite par la vie, d’éviter de n’exister que dans le regard des autres. » BLANCHE.

 

Chez l’homme, sur le versant biologique, nous parlons d’andropause. Il s’agit d’une baisse de la sécrétion de la Testostérone. Cela a un impact psychique moindre pour les hommes, en comparaison de ce que vivent les femmes.

Quelques signes physiques rappellent aux hommes qu’ils entrent dans un nouvel âge : prise de poids, chute des cheveux, diminution de la masse musculaire…

Cependant, la société ne pose pas le même regard sur le vieillissement des hommes. On les trouve séducteurs, avec leurs cheveux « poivre et sel » et ces quelques rides qui viennent accentuer une forme de virilité. Les marques du temps sont davantage vécues comme des expériences qui ont forgées ce caractère masculin, ce « mâle ».

 

Par ailleurs, dans la pensée commune, par nature, il existe une suprématie du sexe masculin, dans ce qu’il a de beau, de virile et de séducteur. Il y a donc moins à prouver, à justifier devant les signes du vieillissement.

Il faut également préciser que l’homme sera moins touché psychiquement du fait d’un temps ressenti continu. Il n’y a pas de limite à la procréation, au fait d’engendrer la vie.

Le problème identitaire, face à l’arrêt de la vie professionnelle est le bouleversement auquel l’homme va être confronté. Qu’en sera-t-il de ses capacités sociales qui lui confèrent puissance et assurance ? Il s’agit davantage d’une atteinte narcissique.

Nous voyons bien qu’homme et femme sont deux modèles sociaux différents, et qu’ils vont donc aborder l’étape de la retraite, avec ses « crises » et renoncements, d’une façon différente.

 

Il est intéressant de se pencher maintenant sur la question de la famille et des enfants. La retraite peut coïncider également avec le départ des enfants. C’est ce que les psychologues appellent « Le syndrome du nid vide ». Là encore, cela s’apparente à une perte, un deuil, celui de voir ses enfants voguer, seuls ou en couple, entrainant chez les parents un fort sentiment d’abandon et d’exclusion. La maison se « vide » : ce sont autant de présences, de bruit, de choses à faire et de discussions qui ne seront plus.

Au début, le sentiment de fierté d’avoir accompli « son devoir », d’avoir éduqué et fait évoluer ses enfants vers l’autonomie, domine. Puis, le calme fait place à l’ennui. La question du « face à face » se pose rapidement. Le travail n’est plus, les enfants non plus : mais que va-t-on se dire ? Le couple va devoir apprendre à scinder la partie parentale et la partie conjugale. Il sera d’autant plus important d’analyser sur quoi le couple s’est-il forgé ? S’il  n’a été dominé que par le projet des enfants, chacun a investi une fonction parentale qui n’a plus lieu d’être, du moins, plus de la même façon.

Les femmes sont les premières à devoir se définir autrement que dans leur fonction maternelle et maternante. L’enjeu est de ne pas tomber dans les travers d’une relation entre conjoint de type mère/enfant.

Bien que les hommes soient moins touchés par ce départ, ne serait-ce que du fait de leur rôle de séparateur, de tiers, entre la mère et l’enfant, ils ressentent quand même cette perte. C’est ce qu’explique Serge HEFEZ[14] : « Ce nouveau face à face est très compliqué, surtout lorsqu’il se conjugue avec des pertes d’identités sociales. L’homme peut se trouver désœuvré. Il peut devenir très dépendant de son épouse qui ne le supportera pas forcément. »

 

Le couple va voir ressurgir des problèmes jusqu’alors masqués, comme les conflits de couple, le manque de dialogue et le sentiment de solitude. La communication devra être repensée pour que soient évitées les incompréhensions, lassitudes et exaspérations. Chacun devra retrouver sa place de femme et d’homme, où la séduction et le désir pourront s’exprimer.

Il s’agit d’aborder ce moment, non pas comme une fin, mais comme un départ, voire un « nouveau » départ, où il sera davantage question de liberté, d’autonomie et de repositionnement des valeurs du couple.

 

 

Evolution du couple

 

Il me semble intéressant de donner quelques définitions du mot couple, afin d’introduire ma réflexion. Tout d’abord, « couple » vient du latin copula, qui signifie lien, chaîne. Il est intéressant de noter que ces deux images, donnent un aperçu de la frontière si ténue entre « être auprès de l’autre» ou « attaché à l’autre ». Qui du « moi », du « toi » et du « nous » va constituer cet ensemble ?

Pour Marguerite et Pierre CHARAZAC, « nous pourrions donc définir le couple humain comme deux personnes qui, ensemble, constituent une entité nouvelle ayant des propriétés et des fonctions spécifiques ». Un couple n’est pas une unité, il s’agit bien de deux êtres différents qui décident d’être ensemble, de se lier.

 

J-G LEMAIRE[15] apporte une définition du « lien du couple » en distinguant « le lien amoureux » comme étant « une relation amoureuse conçue comme passagère qui doit apporter des satisfactions immédiates, et qui est abandonnée dès qu’elle ne les donne plus, ou dès qu’elle s’accompagne de difficultés considérables » et « le lien conjugal » qui serait « une certaine intention latente, parfois peu consciente, parfois même niée, de durer ». Ainsi, il donne une définition du « lien conjugal » qui est « un lien amoureux marqué par une intention avouée, ou non avouée de durer ».

L’arrivée à la retraite questionne cette notion de durée qui interroge l’investissement du lien, les valeurs partagées ou parfois, la peur de la solitude.

Pour appréhender ces retrouvailles, il semble intéressant de se pencher sur les différentes formes de couple. Bien sûr, il ne s’agit pas de faire rentrer dans des cases des entités qui seraient figées. Chaque couple a sa particularité. P. HOFMAN distingue 2 types de couple séniors :

  • Le couple traditionnel : la femme serait soumise et dominée par l’homme. Arrivés à la retraite, les rôles pourraient tendre à s’inverser, avec une femme investie à l’extérieure et un homme passif, en attente de protection.

  • Le couple de séniors modernes : ce sont les liens d’alliance fondés sur un amour réciproque et un respect mutuel qui prédominent.

Selon l’approche systémique, qui vise à étudier le « système », plutôt que chaque élément de façon isolée, le couple doit être perçu dans ses interactions. L.MILLET propose ainsi quatre typologies de couple :

  • Symbiotique ou anaclitique. L’individu disparaît au profit du couple, très stable dans la durée mais fragilisé par la menace de séparation qui pourrait être perçue comme un abandon.

  • Collectif. Il se caractérise par un parallélisme et une communication superficielle, évoluant dans le temps par un éloignement progressif avec une façade sociale préservée. Chacun vit de son côté, dans une solitude à deux.

  • Communautaire ou complémentaire. La communication se fonde sur des valeurs partagées. Les compromis permettent  de prolonger l’harmonie de la relation. Il s’agit de maintenir le projet d’union envers et contre tout.

  • Pervers.  Le conflit est la base. Il y règne des tendances sadomasochistes.

 

Une autre approche a été proposée par le sociologue, Jean KELLERHALS[16]. Il est intéressant de s’y attarder car il montre une évolution du couple, qui ne serait plus formé à partir de rôles prédéfinis, ou en lien avec la tradition.

KELLERHALS propose l’idée selon laquelle le couple contemporain s’est fondé sur la relation interpersonnelle. Pour cela, il reprend De SINGLY (1993), qui explique que les rôles de chacun ne sont pas donnés mais négociés et redéfinis constamment pour les deux membres.

Cela permet d’envisager que le « je » passe avant le « nous » : « En somme, le couple aurait connu un renversement sans précédent : c’est lui qui serait au service de l’individu plutôt que l’inverse. »

Par ailleurs, ce n’est pas le couple qui fonde le « Je » mais chaque entité, en interaction avec l’autre, qui construit le couple. Nous retrouvons la notion d’identité : « Selon De SINGLY (1996), le couple aurait même pour fonction de construire l’identité personnelle à travers la relation conjugale ».

 

Il revient alors à chaque couple de définir son fonctionnement, non plus à partir de codes présupposés mais à partir de ce que chacun attend pour sa vie de couple et pour soi. Cette réflexion est à mettre en lien avec la montée de l’individualisme, qui selon Kellerhals, ne doit pas être assimilée à de l’égoïsme.

L’enjeu va être de trouver un équilibre qui puisse satisfaire chaque sphère que compose le « Je ».

KELLERHALS évoque l’organisation que doit opérer le couple : « Dans son travail pour concevoir sa relation, trois tâches attendent le couple : la fixation de ses frontières, la hiérarchisation de ses objectifs et l’organisation de la coordination de ses membres. »

Chacun peut alors entrevoir des façons différentes de considérer le couple. Où placer le curseur ? Cela peut nécessairement produire des tensions, si chacun a une vision différente.

 

A partir des tâches énoncées plus haut, KELLERHALS croise des composantes liées d’une part à :

  • La cohésion du couple : comment est-il investit, que met-on en commun, quels sont les buts poursuivis, comment conçoit-on les relations avec l’environnement proche ?

  • La régulation du couple : selon une négociation, définir les rôles de chacun.

 

Cela lui permet de définir à son tour une typologie de couple, appelée « styles conjugaux », qui s’appuient sur les interactions conjugales. « Chacun exprime un agencement spécifique de manières de faire et de penser ».

Il obtient cinq styles conjugaux :

  • Le style« Parallèle » : le plus traditionnel, où la hiérarchie et les routines sont bien présentes. Il y a peu d’ouverture vers l’extérieur.

  • Le style « Compagnonnage » : fondé sur la fusion, avec peu de différenciation des rôles et une bonne ouverture vers l’extérieur.

  • Le style « Bastion » : repose sur la fusion également, mais l’extérieur est vécu comme une menace. Les relations internes sont favorisées, avec une forte répartition sexuée des rôles.

  • Le style « Association » : faible fusion, division égalitaire du pouvoir, où la négociation est un préalable à une bonne relation, empêchant la routine.

  • Le style « Cocon » : fermé vers l’extérieur, fusionnel et rôles peu différenciés, avec des arrangements qui permettent une moindre routine que pour le style « Bastion ».

 

Cette typologie permet de raisonner à partir de l’histoire du couple : comment et à partir de « quelles règles » s’est-il construit ? Où chacun se situe-t-il ? Les attentes sont-elles toujours en adéquation avec ce qui a été pensé et construit ?

Si tel n’est pas le cas, les conflits vont alors régir la communication, sans aucune porte de sortie. Les attentes de chacun ne pourront pas s’exprimer.

 

Par ailleurs, l’âge ne constitue pas un rempart contre les ruptures : il n’est pas question ici d’expériences, de sagesse ou de capacité à prendre du recul. Selon KELLERHALS, « lors du passage à la retraite, le couple se redécouvre. Des ajustements conjugaux sont souvent nécessaires car la cessation de l’activité de travail bouleverse le mode de vie(…) Le face-à-face conjugal reprend ses droits, déclenchant parfois une crise jusqu’alors latente. »

 

Pour autant, un couple, qui est en proie à des tensions, des conflits, voire un silence extrême, ou que nous pourrions qualifier comme étant en « pleine crise », n’est pas nécessairement voué à la rupture. L’enjeu se situe à ce niveau pour le coach. Il ne s’agit pas d’être celui qui va empêcher une séparation, mais avant tout d’amener les partenaires à voir d’une façon différente ce qui leur arrive. Cela leur permettra de sortir d’un simple constat d’échec et des reproches réciproques du style : « oui, mais moi je….alors que toi, tu…. ».

Une crise doit être pensée comme une opportunité de redéfinir ce sur quoi se fonde la problématique. Selon J-G LEMAIRE : « Ce n’est pas une constatation pessimiste en soi ; un processus de crise est un processus dynamique, nécessaire, fondamental et n’est pas obligatoirement le point de départ d’une mésentente ou d’une rupture ; bien souvent, il est le moyen même par lequel le couple va restructurer son fonctionnement propre. »

 

Durant cette crise, différentes problématiques vont émerger, parmi lesquelles, des difficultés de communication. Il nous semble intéressant tout d’abord de tenter de comprendre comment elle s’établit au sein du couple, et éventuellement quelles en sont les dérives, avant d’aborder la notion de temporalité, parfois vécue différemment pour chacun, et la notion d’espace.

 

 Les enjeux dans la relation : la communication, la temporalité et l’espace.

 

La retraite, à travers les bouleversements qu’elle induit, amène des questionnements, tant sur soi, que sur son couple. Beaucoup parlent de ce moment comme d’un bilan. Les partenaires ne vont pas nécessairement entreprendre ce « bilan » au même moment, parce qu’il ne parte pas à la retraite en même temps, ou bien parce que cela a été préparé pour l’un et non par l’autre.

Par ailleurs, l’un peut avoir suffisamment élaboré le passage de la retraite, en des termes positifs (remise en question, projet, envie…) alors que l’autre, à l’opposé, n’était pas prêt à un tel cheminement.

 

Ces différences de ressentis ou de vécus, qui vont être à l’origine de tensions, mettront à l’épreuve la communication dans le couple.

« Les différences du mode de vieillissement chez chacun des partenaires génèrent des conflits, de même d’ailleurs que les tentatives d’adaptation entreprises, acceptées ou refusées par l’un ou l’autre ; elles ont nécessairement un retentissement sur la relation de couple elle- même, sur les modes de communications à inventer ou à réinventer dans les temps successifs. »[17]

 

 

La notion de communication.

 

Pour aborder la notion de communication, je m’appuie sur les thèses soutenues par Jean-G LEMAIRE.

Au terme de ma lecture, il m’est apparu évident du lien possible entre ce que je vais présenter ci après et les théories proposées par WATZLAWICK, que je reprendrai dans ma seconde partie.

Tout d’abord, LEMAIRE met l’accent sur le fait que le plus souvent, au sein du couple, la communication est qualitativement insuffisante. Selon lui, pour la plupart, il y a transmission d’une grande quantité d’information sans que pour autant, la communication soit « bonne ».

Le couple qui est pris dans une réalité, va en priorité répondre à des besoins extérieurs à lui-même. Il n’y a rien d’inéluctable, mais cela est le signe que pour beaucoup, c’est un moyen de ne pas communiquer sur l’essentiel, montrant ainsi que chacun redouterait, consciemment ou non, de communiquer.

Or, selon l’un des axiomes de la communication que nous devons à WATZLAWICK, que LEMAIRE cite lui-même, « on ne peut pas ne pas communiquer ».

 

La conséquence principale va être le brouillage des messages par différentes manières. Cela est une mesure de protection qui vise à couper la communication.

Pour brouiller les messages, la communication va emprunter différents canaux.

Tout d’abord, LEMAIRE fait la distinction entre la communication analogique, qui touche celle du corps, et la communication verbale (ou digitale, selon WATZLAWICK).

Concernant la communication analogique, elle ne va pas pouvoir délivrer un message clair et précis. Les raisons sont multiples. Du fait du langage affectif d’abord, qui est lié au corps, et qui passe autant par les gestes, le regard que les mimiques. Cela va entrainer une multitude de sens. Ensuite, la façon dont va être reçue le message dépend du sens que chacun va lui donner : celui qui envoie et celui qui reçoit.

Il semble alors évident que pour être compris, le langage corporel doit être complété par le langage verbal.

Là encore, rien d’évident, car selon LEMAIRE, certes les mots ont un sens, donné dans le dictionnaire par exemple. Mais à supposer que le partenaire en retienne le même, à la différence du « langage scientifique », qui repose sur des bases rationnelles et qui est utilisé dans des opérations formelles, le langage verbal est riche de sens multiples, variés. Il n’est en rien dépouillé de ce qui pourrait être lié à la subjectivité de chacun, qui dépend elle-même des ressentis passé, présent ou encore des conditions dans lesquelles nous nous trouvons.

 

C’est pourquoi le langage corporel va être privilégié par l’adulte, ce qui n’est pas sans rappeler le « langage primitif », celui que nous avions alors enfant, et qui inévitablement fera appel à l’inconscient. Là encore, c’est une des raisons, en plus de la multitude des canaux de communication, qui va engendrer le brouillage des messages entre les partenaires.

 

Par ailleurs, LEMAIRE évoque les contradictions qui peuvent émaner dans le message, dû au langage différent entre le canal verbal et le canal « mimique », qui regroupe les gestes ou encore les attitudes.

Par exemple, pour faire passer un message qui vise éventuellement à reprocher quelque chose à l’autre, c’est le canal « mimique » qui va être privilégié, afin d’atténuer ce que le langage verbal pourrait induire. Cela est destiné à rassurer le partenaire qui reçoit le message. Si ce dernier a été convaincu, il peut vivre cette situation comme un échec, ce qui l’amènera à se méfier à l’avenir. Ce changement d’attitude peut alors être mal compris. En minimisant le langage verbal et en privilégiant le langage corporel, le couple risque la rupture au niveau de la communication.

En outre, LEMAIRE rappelle qu’il existe d’autres formes d’expressions, chargées symboliquement, que l’on retrouve notamment dans le cadre de la vie quotidienne. Là encore, les contradictions engendrées par la compréhension de chacun, du fait d’un langage verbal pauvre, va brouiller la communication. Par exemple, faire le ménage est à la fois l’expression éventuellement d’une nécessité mais aussi d’un don que l’on fait à l’autre, qui vise à lui faire plaisir : évoluer dans un endroit propre, sain, agréable. Mais cela peut être fait aussi en raison d’une demande implicite liée aux rôles que chacun s’est donné. Il y a alors une pression qui s’exerce. Il ne s’agit plus ainsi de faire plaisir et le risque de reproches est fort. Si cela n’est pas complété verbalement, cette action n’aura plus de « valeur affectueuse » et sera davantage renvoyée à de l’animosité, de la rancœur, pouvant même signifier à l’autre son incapacité à effectuer cette tâche, son inutilité.

Enfin, LEMAIRE revient sur la communication paradoxale, en faisant le rapprochement avec la notion de double contrainte : « double bind ».

Pour lui, il s’agit d’une contradiction née de la différence entre le contenu et le mode d’emploi du message. Cet aspect est important et je le rapprocherai de BATESON, dans mon second chapitre. En effet, bon nombre de couple tente de venir à bout de leurs difficultés de communication en revenant sur des attentes qui ne sont pas comblées. Pour se faire, une demande, en apparence explicite, est formulée, sur la base d’une forme d’injonction.

Par exemple, « je te demande de faire l’effort de… » ou « montre moi que… ». Si celui à qui s’adresse cette demande y accède, l’autre lui renverra l’idée qu’il n’y accorde aucune valeur, car cela n’a pas été spontané ou réalisé à sa propre initiative. Les incompréhensions entre chacun peuvent les amener à ne pas seulement brouiller les messages, mais préférer le silence, temps durant lequel, chacun va ressasser.

Au-delà de la façon dont les messages vont être brouillés et des conséquences induites par ce phénomène, la question suivante concerne l’idée qu’au fil des années, la communication tend à se tarir. Pourquoi ?

La retraite est un moment de face-à-face, au sein duquel il n’est pas rare d’entendre « nous n’avons plus rien à nous dire ». Pour LEMAIRE, le couple, rattrapé par le quotidien, va s’organiser de telle façon qu’il va chercher à répondre d’abord à des objectifs extérieurs (intendance, enfants, travail…) en empruntant pour cela, ce qu’il nomme la « communication rationnelle simplifiée, plus fonctionnelle ».

Pour cela, le couple va limiter les aspects affectifs dans la communication, pour davantage d’efficacité. Au regard du temps accordé à la tâche qui consiste à répondre aux objectifs extérieurs, il s’agit pour le couple de ne pas dépenser trop d’énergie, en cherchant la simplicité dans la communication.

Or, limiter l’expression affective, c’est ne pas questionner les fonctions de chacun, ni définir la relation. Au fil du temps, parce que leur attention s’est portée sur leur fonctionnement social, familial, le couple a oublié de communiquer réellement.

La conséquence est majeure puisqu’elle entraine le couple dans une forme d’inertie : « Le couple a limité les remises en question qui auraient été rendues possible par une communication plus riche au niveau des échanges affectifs. »

Le résultat est peu réjouissant, car le couple peut ne pas parvenir à découvrir de nouveaux buts communs ou à réorganiser la façon dont ils se sont construits.

Par ailleurs, la retraite peut entrainer moins de sollicitations extérieures (sociales, amicales, familiales). Cela amène le couple à ne plus être en capacité d’élaborer de nouveaux messages, les sujets d’échange étant moins nombreux. De même, concernant la recherche d’une sécurité, d’une vie calme et sereine, le couple peut chercher à éviter le conflit, limitant ainsi la communication ce qui entraine un enrichissement moindre dans la relation.

 

Enfin, LEMAIRE rappelle que « le caractère analogique et non point digital de la communication » ne permet pas de nier ou d’effacer les messages précédents. Cela va créer des malentendus, voire de la rancune. Pour remédier à cela, le couple doit apprendre à revenir sur ce qui a été dit (comment, pourquoi et dans quel contexte). Mais dans cette optique, il doit être suffisamment encore investi dans la relation et capable d’assumer l’idée qu’être avec l’autre « ce n’est pas si bien », parce qu’il peut être disqualifié au regard de ce qu’il a dit, ou fait.

Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, il me semble que le coach, après avoir repéré les causes qui émanent des difficultés liées à la communication, doit tenter de favoriser la communication, d’une part en permettant à chacun de clarifier les messages, d’autre part en confrontant les sens qu’ils ont pour chaque partenaire. Autrement dit, pour le couple, ce serait « un moyen d’apprendre à communiquer sur leur communication, ou métacommuniquer ».

Si la communication est un enjeu majeur, c’est parce qu’elle va être le moyen, à un moment clé comme la retraite, de synchroniser à nouveau les liens, les rapports qui unissent chacun des partenaires.

D’autant que ces derniers, et leur couple également, vont devoir apprivoiser une nouvelle temporalité et redéfinir leur espace.

 

 

Une réorganisation complète de sa réalité, de son espace et temporalité.

 

La notion de temporalité recouvre différents aspects : celui qui se rapporte à chaque individu et celui qui se rapporte au couple.

Pour l’individu, selon Anastasia BLANCHE, la question du temps va se poser en ces termes : « quel temps me reste-t-il ? », « que vais-je laisser derrière moi ? » et « que vais-je faire maintenant que j’ai du temps ? ».

Ces questions sont inévitables car la retraite, nous l’avons vu, peut-être synonyme de vieillesse, de mort, et ces peurs peuvent se traduire également par un sentiment d’inconnu, d’un temps à la fois court (« je suis le prochain ») et long, comme étiré, sans fin, sans but.

Il est donc important de permettre à chaque individu de se dégager de ses peurs en lui permettant une autre interprétation des possibles. Il ne s’agit pas pour autant d’une simple variation de vocabulaire : rétorquer aux mots mort, vieillesse, ennui, ceux de liberté, opportunité, sans contrainte. Le travail avait et donnait un sens pour la personne, il doit en être de même pour la retraite.

Au sentiment de peur peut se rajouter celui de la culpabilité. Si le moment de la retraite n’a pas été anticipé, la personne y entre, sans trop savoir quoi faire, alors qu’autour d’elle, le monde continue de bouger, d’avancer. La conséquence peut alors être la sensation d’isolement, d’abandon, ce qui peut conduire à des maladies comme la dépression ou des comportements à risque, comme le suicide.

La question du temps peut aussi être envisagée sous celle du rythme. Cela amène à s’écouter davantage, d’abord au regard de notre rythme biologique (ce qui va questionner nos besoins), puis de nos envies (ce qui permettra la mise en corrélation de nos besoins et nos désirs) et enfin des opportunités (se permettre selon un besoin, une envie, de saisir ce qui se présente à moi).

 

La temporalité individuelle au moment de la retraite va également concerner celle du couple, de fait parce que la retraite questionne la notion de temps pour chacun des partenaires et parce que selon les situations, ils ne franchissent pas cette étape au même moment, en raison d’un temps de cotisation différents et/ou d’âges différents.

Sophie MUFFANG détaille bien les situations différentes.

Pour ceux qui arrivent à la retraite simultanément, en apparence, cela peut représenter la situation idéale. Sauf que si le couple n’a pas pris le temps, au fil de la relation d’entretenir la communication, au sens où LEMAIRE l’entend, c’est-à-dire, enrichissement et nouveaux buts, les conflits latents peuvent apparaître.

 

Pour ceux dont l’un des conjoints travaille encore, le couple va devoir faire face à des sentiments différents: culpabilité et envie de celui qui ne va plus travailler, jalousie de l’autre, liens de dépendance ou rapport de pouvoir. Autant d’éléments qui vont entacher la relation.

Par ailleurs, si chacun des partenaires allait dans un sens, sans nourrir les projets du couple, celui qui approche de la retraite peut se sentir exclu des projets que l’autre a engagés. Les notions de solidarités, de partage ou de « grande aventure à deux » sont mises aux oubliettes.

 

Pour ceux dont l’un travaille encore mais avec une différence d’âge, les choses vont être appréhendées différemment selon que l’on soit homme ou femme. Ces situations peuvent se retrouver dans le cadre de remariage ou de rencontres tardives. Pour l’homme retraité, l’occasion lui est donné de « rajeunir » en s’occupant d’enfants encore présents au domicile, d’y voir l’opportunité de transmettre quelque chose, d’être utile compte tenu de son identité de « père ». Pour la femme retraitée, le sentiment de vieillesse peut l’envahir, d’autant que son partenaire plus jeune, continue d’avoir des contacts avec le monde extérieur.

 

Enfin, pour ceux dont l’un n’a jamais travaillé, le plus souvent, une femme, l’appropriation de la maison, les règles qui régissent la place et le rôle de chacun, vont être un obstacle à un épanouissement mutuel. Le partenaire retraité, déjà amputé d’une partie de son identité et de son utilité, n’osera pas évoluer au sein de cet espace, ou au contraire exigera une reconnaissance, notamment en raison des gains qu’il a rapportés durant toutes ces années.

 

Selon la place occupée par chacun des partenaires, les ressentis vont être différents, dans une temporalité non maîtrisée. La notion d’espace va alors jouer pour beaucoup dans la relation de couple.

Je m’appuierai de nouveau sur les propos d’Anastasia BLANCHE, qui fait une distinction complète des différents espaces qui composent un individu.

D’abord, l’espace lié au corps. Que ce soit le passage de la ménopause ou l’andropause, homme et femme doivent se réapproprier un corps changeant.

Ensuite, l’espace psychique. Il fait le lien avec le questionnement identitaire dont j’ai relaté le processus en 1ère partie.

Puis, l’espace relationnel. Du fait de la métamorphose identitaire, la relation à autrui va également demander une réorganisation.

Sans oublier l’espace géographique. Les lieux fréquentés, les trajets utilisés vont être obsolètes, notamment lorsqu’ils sont liés au travail. Par ailleurs, les retraités s’interrogent face à leur nouvelle vie : nouveau pays, déménagement ?

Enfin, l’espace social : les collègues, les clients, représentaient un groupe d’appartenance. Il va falloir se trouver d’autres groupes sociaux, ce qui permettra d’asseoir une nouvelle reconnaissance, utilité.

 

De façon plus concrète, il s’agit de se pencher sur la question du domicile conjugal. L’espace de vie ne va pas avoir la même physionomie. Là encore, cela va dépendre des situations multiples.

Si chacun travaillait, le lieu de vie peut donner lieu à un réaménagement de la part de chacun : « un coin » bien distinct ou la création de pièces dédiées à différentes activités (bureau, lecture, sport, billard, couture…)

Si l’un travaille encore, la tentation du partenaire retraité qui consisterait à remettre au lendemain le rangement, ou se laisser aller à une forme de désorganisation. Pour celui qui rentre, c’est ressentir comme une agression cette forme de désordre, alors que son désir était de retrouver son « petit cocon ».

Enfin, si le retraité est face à son épouse, qui est restée à la maison, sans négociation et sans acceptation de la part de l’autre de lui faire une place, légitime en soi, les risques d’éclatement sont forts.

 

Dans la première partie, j’ai insisté sur la nécessité de se redéfinir, seul, dans un premier temps, avant que le couple ne se questionne.

Gérer l’espace, c’est aussi réinvestir ce que nous aurions découvert de nouveau, de neuf sur soi, comme par exemple vers des activités, passions ou projets.

Gérer son espace, c’est aussi l’élargir, pour nourrir le couple. Sans cela, la relation peut devenir une forme de huis clos. En effet, le face à face peu devenir gênant, embarrassant. Un sentiment d’étouffement, d’envahissement peut émerger. C’est la thèse soutenue par L. ROUSSEL[18] « Les couples ne réussissent pas à inventer la distance juste, redistribuer les rôles, réajuster les pouvoirs. »

 

Une forme de dépendance, jusque là latente en raison de la place prise par le travail ou la vie de famille, va s’instaurer. Cela peut être ressenti par l’un des partenaires ou bien par le couple lui-même, qui faute de ne pas réinterroger le « moi » de chacun et le « nous », s’enferme dans une non relation.

E.CAYAT[19], psychanalyste, l’explique ainsi « Ce n’est pas le quotidien qui a tué l’amour, c’est la trop grande dépendance à l’autre qui a transformé la relation en contrainte. ».

Le risque d’une relation vécue comme une contrainte est le basculement vers une communication inexistante, voire agressive, à travers le silence, les mots ou encore les comportements.

Le couple peut s’enliser dans une « solitude à deux », et selon P.HOFMAN « ce processus sordide ne fait que consolider un lien de dépendance et d’agressivité qui, au pire, est toujours plus vivant que l’indifférence ».

 

 

 

Chapitre II  Accompagner face au changement, angles de vue d’un coach.

 

J’imagine que la véritable question que tout coach débutant se pose est la suivante : comment la pratique du coaching peut-elle faire abstraction de ses aspects  plus anciens qui datent de la révolution industrielle « le coaching n’est pas du conseil », ou du mouvement humaniste « le coaching n’est pas de la psychologie » ?

Quel est ce processus qui permet comme « par magie » de rendre nos clients conscients de leur problématique par le simple fait de leur poser des questions ?

Je vais tenter dans ce chapitre de formuler quelques réponses et explorer quelques pistes  selon mes propres pratiques et des réflexions de coach.

 

Comment qualifier le coaching de couple ? Quelle posture adopter devant les partenaires venus me consulter ? D’autant plus si ce couple existe et vit ensemble depuis longtemps, avec un fonctionnement bien particulier pour chacun. Devrai-je les recevoir l’un après l’autre en entretien personnel ou collectivement et si oui, quels sont les risques ? Un conflit banal, dans lequel le coach va devoir statuer, au risque de se trouver submergé par plusieurs demandes en parallèle ?

Se posent donc à moi plusieurs questions :

  • Où en est ma pratique actuelle de coaching?

  • Quelles pistes sont ouvertes par les approches nouvelles ou spécifiques que j’ai identifiées pour mener à bien une telle mission et ai-je suffisamment d’expérience pour cela ?

  • Quels protocoles, processus ou spécificités puis-je envisager dans ma pratique de coach, en adéquation avec les besoins de ce type de clients ?

Remarque :

J’ai constaté qu’il n’existe pas ou très-peu d’ouvrages destinés à ce type de coaching.

 

Dans cette partie de ma recherche je souhaite m’arrêter davantage sur les aspects de ma pratique actuelle de coaching, parler de la vision globale qui anime ma pensée à cette étape de ma carrière. Je vais tenter d’analyser aussi les différentes approches du coaching qui me posent question et qui, selon moi, méritent attention.

Dans un second temps j’aborderai trois aspects que j’ai retenu pour l’accompagnement : la structure du couple, la gestion du stress et la notion de « 3ème écoute » de V. LENHARDT.

 

Je parlerai enfin des modèles de communication de Watzlawick et Bateson, et la notion de « double contrainte » de Bateson dans une logique d’interprétation et intégration dans mes pratiques actuelles. J’explorerai les différentes phases dans la vie d’un couple et je parlerai de l’approche systémique, si importante en matière d’accompagnement. Je proposerai aussi des pistes et des réflexions personnelles pour décrire ma méthode de travail telle qu’elle s’est construite dans la période post formation.

 

Aspects de ma pratique actuelle de coaching.

Quelle est ma vision ?

 

Mon but dans ce premier paragraphe est de décrire le cheminement de mon expérience et de partager les conclusions que j’ai pu en faire. Dans un but d’enrichissement permanent j’ai essayé de m’inspirer de ce qui a déjà été fait en la matière.

Dans un premier temps, je souhaite évoquer mes réflexions concernant la posture du coach.

 

Je me suis souvent trouvé, du moins au début d’une séance de coaching, à n’avoir aucune idée et aucune pensée en tête concernant les aboutissants et les échanges, ou encore la dimension que pouvait prendre la conversation avec mon client.

Il est question ici de déterminer comment doit-on entrer en relation avec l’autre ? Peut-on parler de méthode ?

 

Je partage volontiers le point de vue d’A. CARDON[20] qui nous dit que le coaching est émergent par définition. D’après lui, le coach peut prendre conscience de ce qui se passe, voir ce qui apparait. Il gagne à accepter d’oublier, à être simplement présent.

Le modèle qu’il propose est plutôt un non-modèle. Si on suit un modèle, on croit tout savoir. On est dans un espace qui échappe au contrôle centralisé. De ce fait, le pouvoir est ascendant, il part du coaché vers le coach.

 

Par ailleurs, doit-on préparer les entretiens ?

Il est clair pour moi qu’à chaque fois que j’avais planifié un entretien de façon minutieuse et « consciencieuse » par un souci de bien faire et bien « orienter »  l’entretien  et ainsi soi-disant mieux aider mon client,  je me trompais.

Mes feuilles avec les questions que je définissais en amont avant chaque entretien et que je croyais « en phase » avec l’avancement de mon client restaient désespérément dans leurs pochettes. Mais étant surtout à l’écoute du client, il y avait pratiquement à chaque fois une idée très-arrêtée de ce qu’il voulait faire et la direction qu’il souhaitait prendre.

 

J’ai donc décidé à un moment donné de ne plus préparer les entretiens et de laisser libre champs à la personne accompagnée. Je suis en mesure d’affirmer aujourd’hui que cette démarche a permis non seulement une plus grande liberté, mais aussi une amélioration des capacités d’expression.

Etant coaché moi-même en milieu de formation mais aussi en coaching personnel, j’ai pu constater dans le même sens la richesse d’une telle « liberté ».

Il est question de la non-directivité des entretiens : puisque je considère que le point de départ de tout, reste le coaché, j’accepte l’idée de me laisser guider par le moment tel qu’il se présente.

 

C’est donc tout naturellement qu’il est important pour moi en tant que coach d’essayer d’assurer les meilleures conditions possibles pour faciliter la communication. Rester simple et authentique est important en accompagnement.

 

Selon A. CARDON[21], dans les contextes sociaux et professionnels d’aujourd’hui, le verbe et le jargon servent trop facilement à remplir le vide, à esquiver une réelle écoute de soi-même comme une véritable présence à l’autre. Ils servent à esquiver une attention à la profondeur de notre univers environnant.

Comme il souligne aussi : « Cela est particulièrement vrai au sein de groupes ou d’autres systèmes collectifs, équipes ou organisations, où il est bien trop rare de trouver une véritable appréciation de la beauté et de la véracité humaines au sein des profondeurs du silence partagé ».

Ces réflexions ont été possibles grâce à l’exercice de ma pratique.

 

Je me souviens plus précisément de mon « premier vrai coaching ». J’ai été tenté de persuader mon client que son projet était un peu trop ambitieux pour ses moyens. Je me suis rendu vite à l’évidence, grâce à la supervision et à l’aide de mes pairs, que je me trompais et que c’était une décision qui lui appartenait entièrement.

 

En effet, je ne suis pas là pour persuader. Lors de ce moment, je me suis davantage centré sur mes ressentis et pas tant sur ce qu’il essayait de me dire. Je devais alors prendre de la hauteur afin de me distancier, rester authentique.

Rester sur ma position aurait pu le décourager et perturber le processus qui se serait simplement résumé à cette question pour lui « Mon projet est-il faisable ? ». Or, bien que mon client éprouvait de la crainte devant la multitude de tâches qui l’attendait, je devais faire abstraction de cela. Il s’agit donc de rester bienveillant, à l’écoute de l’autre.

 

J’imagine qu’il a du s’apercevoir à un moment donné de mon sentiment dans ce sens, ce qui lui a donné une motivation supplémentaire de se prouver à lui-même que son projet est bien à la hauteur de ses attentes. J’ai analysé après coup que ce comportement de ma part ressemblait à ce que nous appelons une « projection », liée certainement à des expériences vécues dans le passé. Je m’étais mis à sa place pour voir son projet avec mes filtres personnels.

 

Je partage entièrement l’avis de V. LENHARD[22] : « L’accompagnateur est là pour aider son client à accueillir l’émergence de ces différentes dimensions de son identité, à comprendre leurs enjeux respectifs et à définir des priorités dans le travail à mener ».

Par ailleurs, j’ai compris qu’il n’était pas question seulement de la réussite ou de l’atteinte de l’objectif pour le client, au risque pour le coach de se placer à tord au centre de l’accompagnement.

Je retiens donc pour ma pratique les éléments suivants :

  • Rester authentique en toutes circonstances : être attentif à soi, observer aussi souvent que possible son état interne, tout en restant attentif à l’autre.

  • Rester bienveillant : essayer d’accepter les personnes accompagnées telles qu’elles sont, faire abstraction de leur état d’âme, se concentrer sur le sens du processus.

  • J’opte pour un processus sans pression ni stress, libre et sans aucune contrainte.

  • Essayer le véritable lâcher prise : se débarrasser des pensées automatiques comme « et si je n’arrive pas à l’aider ? » ou « et si mon client n’atteint pas son objectif ? »

 

 

 

Utilisation d’outils ? Différentes approches.

 

Je me suis interrogé également quant à l’utilisation des outils dans ma pratique de coach.  Selon A. CARDON[23], en « véritable  coaching», il s’agirait de lâcher toutes ses « béquilles rassurantes », qu’il apparente aux outils. Seule une acceptation de perte de contrôle et une pratique résolument « minimaliste » permettront aux acteurs en présence de laisser venir « le mystérieux », de « laisser émerger les formes sous-jacentes afin de s’inscrire au sein d’une réalité qui les dépasse ».

La compétence essentielle du coach selon l’auteur et qui s’apparente à la posture du coach, serait donc le non-contrôle et la non-intervention.

 

Pour ma part, l’utilisation d’outils pour un coach débutant est un passage utile et nécessaire : l’utilisation de ceux proposés par Hudson et Bateson m’ont permis de constater des progrès significatifs chez mes clients.

Toutefois, je partage en partie l’avis d’A. CARDON en étant persuadé qu’avec la pratique et l’expérience, j’adopterai un coaching plus « libérateur ». Le choix d’utiliser des outils dans mes pratiques va se faire en relation directe avec les personnes accompagnées et en fonction de leurs besoins.

 

Il me parait incongru de concevoir une classification et une description précise d’utilisation des outils qu’on a appris. Je considère que chaque cas de coaching est unique. Partant de ce constat, je me réserve la possibilité de faire un choix en toute connaissance de l’objectif de la personne d’un coté et de ses moyens et ses capacités de l’autre.

 

 

L’importance de l’accueil et le 1ère RDV

 

La seule chose que les personnes venues nous consulter savent avec certitude concernant la personne avec laquelle ils ont rendez-vous, c’est qu’il s’agit d’un coach, doté d’un statut de coach. De cette façon, les futurs coachés n’ont pas de vrais points de références autres que leur imaginaire. Ils se sont fait une certaine image, une certaine idée de leur coach et de ce qu’ils peuvent attendre de lui.

Selon mon vécu, cette première entrevue est en général une source d’informations précieuses en ce qui concerne leur personnalité, car sans pour autant être parfaitement authentiques à ce moment, c’est là où ils sont le plus naturellement sincère.

Or pour le coach, l’enjeu ne va pas se situer seulement au niveau d’une personne, mais bien d’une équipe. En effet selon moi, il est possible de définir le couple comme une équipe et donc de considérer mon action dans un processus de coaching d’équipe. Comme je l’ai précisé, la retraite est un moment de profond changement qui va modifier les relations au sein du couple.

Partant du postulat que ce dernier, dans une démarche de coachng va chercher à retrouver des relations satisfaisantes selon les attentes de chacun, le coaching d’équipe va permettre de préserver l’intérêt du groupe et la recherche des intérêts communs.

Or lors du premier rendez-vous le coach va devoir veiller à ce que chacun puisse se sentir associé afin que sur la durée, chaque individualité ait l’envie de poursuivre et de réussir ensemble. Le coach doit pouvoir dés le début susciter de la coopération.

 

Ce que je considère comme acquis :

J’attache une grande importance au premier accueil, là, où souvent une grande quantité d’information et de découverte passe des deux cotés. Ce moment fatidique, où les acteurs s’observent avant d’envisager une future collaboration.

Mettre l’accent dés la première rencontre sur l’intention de veiller au confort d’expression de chacun avec une certaine légèreté dans la communication : « Avez-vous trouvé facilement l’endroit ? », « Comment allez-vous aujourd’hui ? ». Un sourire simple et un regard réconfortant, ont trouvé un vrai sens dans ma pratique.

Ce qui n’était pas le cas au début de mes coachings. En essayant d’atteindre cette posture, qui finalement était à bout de bras, il suffisait de me détendre complètement et de lâcher prise. Sans pour autant me déconcentrer, car se détendre rime avec se relaxer, mais rester attentif aux messages.

Les premières phrases qu’ils prononcent, lors de cette première rencontre, sont souvent très révélatrices parce qu’elles permettent de percevoir :

  • Ce qui les pousse consciemment à demander d’être coaché (les mobiles explicites et les motivations conscientes)

 

  • Ce qu’ils désirent, ce qu’ils souhaitent au-delà des mots qu’ils ne disent pas ou ne peuvent pas dire, soit faute de savoir comment les formuler, soit faute de savoir ce qu’ils veulent vraiment.

 

De cette manière, dans cette phase d’accueil, les premiers échanges entre le coach et les sujets fourniront des renseignements très utiles sur leurs motivations et sur leur structure de personnalité. Il nous faudra donc être attentifs et sensibles à ce que le coaché ne saurait, pour l’instant, exprimer de manière explicite, mais qui sera déterminant pour le déroulement et l’issue de la relation de coaching.

 

 

Accompagner le couple.

 

Accompagner un couple en coaching, c’est tenter de comprendre le fonctionnement tel qu’il a été pensé et mis en œuvre par les partenaires au sein de leur couple. En ce sens, m’attarder sur les liens, comprendre la structure du couple, à partir de chaque « je », sont autant d’éléments à prendre en compte.

 

 

Structure des couples.

 

En quoi étudier les typologies du couple vont-elles être utile à ma pratique ? Nous l’avons vu dans la première partie, un couple n’est pas le fruit du hasard. Nous allons vers telle personne car elle correspond à un ensemble de critères prédéfinis et qui découle de notre milieu social, notre éducation, nos valeurs… . Il s’agit pour tout à chacun de trouver le conjoint qui pourra répondre à ses critères, également liés à des dispositions individuelles.  Je ne m’attarderai pas sur le choix du conjoint, car ce serait aller vers le domaine de la psychologie. Il me parait bien plus judicieux de comprendre l’organisation du couple, établie selon des règles de départ. Or, la retraite va inévitablement rompre certaines règles selon les différents types de couple.

L’intérêt en tant que coach, c’est bien de déterminer comment sont régis les échanges entre les partenaires. Cela permet non pas de s’attarder sur « qui fait quoi ? », mais bien sur « combien je donne, pour quel retour ? ». Il s’agit par ce billet de prendre en compte les choix de chacun des partenaires, tout en les menant à un compromis : de nouvelles règles. Les enjeux en termes d’accompagnement sont importants puisqu’en fonction des couples, je vais devoir être attentif aux différentes relations établies.

La typologie de Millet met l’accent sur le couple. Il est moins question de ce que chacun veut. La typologie de Kellerhalls s’appuie davantage sur les relations et rôles définis en y incluant la notion d’ouverture ou non vers l’extérieur.

A mon sens, le coach va devoir faire prendre conscience au couple de la situation dans laquelle il évolue afin de pouvoir concrétiser un projet et dépasser peut-être des échanges sclérosés.

De quoi se nourrit essentiellement la relation? Quel est le « tissus véritable » qui la compose ?

Dans un premier temps, avant d’aborder pleinement le fonctionnement du couple, il est nécessaire pour moi de me concentrer, lors de la phase d’établissement du rapport collaboratif (mais aussi par la suite), sur les échanges para verbaux et la gestuelle des partenaires : expressions faciales liées à la conversation (par ex. haussement de sourcils), regards fréquents en direction du partenaire ou le contraire, évitement conscient ou inconscient du regard. Ce seront autant d’indications qui me permettront de comprendre la relation de couple : liens de pouvoir, d’indifférence, de collaboration…

Puis, il me parait important de raisonner à partir de l’histoire du couple : comment et à partir de « quelles règles » s’est-il construit ? Où chacun se situe-t-il ?

 

Voici quelques pistes :

  • Un des deux partenaires exprime de l’insatisfaction envers l’autre en décrivant une situation vécue : j’essaie d’observer attentivement comment est perçu ce message par le conjoint.

Interrogation : « Qu’attendez-vous exactement de votre conjoint dans cette situation » ?

S’il y a désaccord, comment est formulée la réponse et est-ce dans l’intention de s’opposer ou aller dans le sens d’une conciliation.

  • Un des partenaires exprime une demande ouverte concernant un comportement.

Par exemple : « J’aimerais qu’elle (il) me laisse tranquille lorsque je sors avec mes ami(e)s ». On peut alors envisager un questionnement supplémentaire sur la dépendance du 2ème partenaire. La réponse sera d’autant plus importante dans ce cas, elle permettra de nous faire une petite idée du degré d’intimité dans leur relation.

Interrogation : « Que gagnerez-vous et que gagnerait votre conjoint si elle (il) accède à votre demande ? »

 

  • Une inquiétude est clairement exprimée : « Tu ne partages plus rien avec moi.

Pourtant nous sommes à la retraite, nous avons du temps. » Il s’agit alors de questionner le sentiment d’abandon ou l’inverse, celui d’être trop présent à coté de son partenaire avec un risque d’étouffement, ou encore de ne plus être aimé(e) comme avant, voir d’être rejeté(e). Dans ce cas, je propose de mettre en place des entretiens individuels pour mieux comprendre l’histoire de chacun avant de remonter au niveau du couple.

 

Je souligne ici que la communication des partenaires est en générale très « soignée » dans le sens où personne ne se dévoile facilement devant un coach inconnu, du moins au début du processus (hormis le cas d’un conflit ouvert). La présence du conjoint y est aussi pour quelque chose, surtout dans le cas d’un désaccord. Il n’est donc souvent pas simple de percevoir le sens implicite des messages véhiculés.

 

Enfin, j’ai réfléchi sur l’idée d’élaborer un questionnaire qui fait lien avec mes recherches dans la première partie de ce travail et qui peut être utilisé immédiatement après l’établissement du rapport collaboratif.

Il permet non seulement de comprendre mieux la structure du couple mais aussi le positionnement social de chacun ainsi que son apport dans « l’édifice » conjugal.

Ce questionnaire est proposé aux partenaires de façon individuelle au début du processus de coaching et notamment lors du deuxième ou du troisième entretien (voir Annexes, Tableau 1). Il permet de se faire une idée précise de ce que chacun attend pour sa vie de couple, ses relations sociales, mais aussi un petit regard sur soi-même.

Le questionnaire est rempli en 10 minutes. Un entretien entier peut être consacré à l’interprétation des 15 items qu’il contient, avec la personne en individuel.

 

Le but recherché avec cet outil est de laisser s’exprimer chaque conjoint séparément. Il est à mon sens fort probable que les messages « tabou » ou « brouillés », ceux qui ne pouvaient pas être partagés jusque là en face à face dans l’espace conjugal, apparaissent au grand jour.

Le travail consistera ensuite à trouver le moyen d’intégrer l’apport de chacun dans la communication commune.

C’est donc tenter une action de rapprochement des partenaires dans le cas où ils avaient une vision différente et non partagée. C’est aussi ramener le « Je » vers le « Nous ». Selon ce que j’ai évoqué dans la première partie, c’est aussi une réponse à la question : Comment définir la cohésion et la régulation du couple ?

 

J’ai trouvé intéressant les travaux de Bartholomew et Hroowitz[24],  et notamment leur description des quatre styles d’attachement adulte spécifiques à la relation de couple :

Sécure : Il est facile pour moi d’être affectivement proche de mon partenaire. Je me sens bien si je peux compter sur lui et s’il peut compter sur moi. Je ne m’inquiète pas d’être seul ou de ne pas être accepté par mon partenaire.

Craintif : Parfois, je ressens comme étant assez désagréable d’être proche de mon partenaire. J’aimerais une relation affective étroite, mais je trouve difficile de lui faire entièrement confiance ou d’être dépendant de lui. Je crains parfois d’être blessé si je me permets de trop me rapprocher de lui.

Préoccupé : J’aimerais être affectivement très proche de mon partenaire mais je constate souvent qu’il ne souhaite pas une aussi grande proximité. Je ne me sens pas bien sans relation étroite, mais j’ai parfois le sentiment que mon partenaire ne m’estime pas autant que je l’estime.

Evitant : Je me sens bien sans relation affective étroite. Il est très important pour moi de me sentir indépendant et autonome. Je préfère ne pas être dépendant de mon partenaire et qu’il ne le soit pas de moi.

Cette classification peut s’avérer utile dans le processus de coaching notamment, parce qu’elle met l’accent sur le lien de dépendance ou non à l’autre. Si je me trouve en présence d’un couple pour lequel cela va créer un obstacle dans leur compréhension soit en termes de communication, de lien, de projet, il serait important de comprendre les rouages afin de dépasser le dysfonctionnement.

Selon le degré de dépendance, cela peut avoir un impact sur l’autonomie de penser, de faire, sur l’expression des émotions et entrainer chez l’un une tendance à ce renier, voire à s’oublier.

 

 

Gestion du stress.

 

Selon certaines situations, le couple, même s’il est conscient du dysfonctionnement, peut se trouver dans une situation de stress. Pour être efficient dans l’accompagnement,  j’ai décidé d’élaborer un questionnaire en reprenant quelques éléments du travail de G.BODENMANN[25], Sociologue. Il est question ici de savoir comment les partenaires gèrent le stress ensemble, en tant que couple. Il me permettra d’identifier son niveau, de sensibiliser les partenaires à ce propos, mais aussi d’explorer des pistes pour trouver des solutions d’amélioration de leur gestion du stress.

 

Ce questionnaire (voir Annexes, Tableau 2) peut être présenté aussi sur un entretien complet pour chacun des partenaires. D’abord en individuel, l’accent sera mis sur l’interprétation des résultats et  l’identification des « stresseurs » internes et externes pour le couple.

Cet entretien individuel permettra à mon sens de faire émerger une prise de conscience notamment si l’un communique son stress à l’autre et comment l’autre peut-il agir face à cela.

Cela permettra par la suite de faire une mise en commun des réflexions de chacun et essayer d’identifier ensemble les stresseurs présents dans la zone d’impact, sur lesquels il est possible d’agir. Un plan d’action peut être établi simplement pour leur élimination.

 

Les stresseurs en dehors de la zone d’impact peuvent être identifiés également.

Je peux aussi demander aux partenaires, sur un entretien commun[26], de réfléchir sur la possibilité de créer une liste des situations clés, qui apportent du stress.

Ce travail permettra de retrouver un équilibre au sein du couple. En repérant et en exprimant les situations stressantes, le couple sortira d’un engrenage qui ne facilite pas la communication. S’attarder sur la question du stress, c’est permettre à la relation de montrer ses forces et ses faiblesses et pour chacun de s’épanouir et de se réaliser à l’intérieur de cette relation, dans l’idée de poursuivre ensemble les objectifs de départ et le projet du commun.

 

 

Pourquoi je retiens la notion de « 3ème écoute » de V. Lenhardt.

 

Vincent Lenhardt[27], que nous connaissons comme l’un des pionniers du coaching en France nous parle de la notion de  « troisième écoute ». «  Le champ d’écoute doit s’élargir au langage non-verbal, cette attention que l’on porte à la personne accompagnée pour décrypter son état interne via son expression corporelle ou l’écoute empathique, qui nous permet d’apprécier et d’accepter son processus interne sans pour autant s’identifier à celui-ci. La troisième écoute est l’écoute de ses propres émotions, sentiments, fantasmes ou d’autres éléments somatiques qui émergent dans la relation avec la ou les personnes accompagnées ».

La conscience de soi et l’attention de ce qui provient de notre propre inconscient deviennent des sujets de préoccupations permanents pour l’accompagnateur.

 

Lenhardth propose aussi l’idée selon laquelle, grâce à la troisième écoute et à la mobilisation de notre intelligence émotionnelle, il s’agit de discerner dans la relation, dans l’échange avec le client, d’une part, ce qui relève de ses enjeux actuels, ce qui s’y joue pour lui ici et maintenant, et d’autre part, ce qui procède des phénomènes de transfert et du contre-transfert.

 

Compte tenu de ces éléments, en revenant sur mes propres pratiques, voici ce que j’ai pu retenir :

L’écoute attentive de ce qui se passe en nous en tant que coach face à un ou des clients, qu’il s’agisse de nos réactions corporelles ou émotionnelles (nous avons froid, transpirons, nous énervons…) ou de ce qui nous traverse l’esprit à ce moment là, permet d’identifier l’expression de certains problèmes personnels non résolus, susceptibles de parasiter l’écoute et donc de fausser la relation. Si nous avons effectué au préalable un travail thérapeutique sur nous-mêmes, nous reconnaîtrons des éléments déjà analysés, ce qui nous aidera à appréhender dans notre propre attitude, ce qui vient de nous-mêmes et de notre propre inconscient.

 

La troisième écoute serait donc pour moi en quelques sortes la surveillance permanente du bon fonctionnement de l’écoute active et le regard méta, mais aussi être vigilants au fait que nous ne sommes pas infaillibles ni invulnérables et que nous devons envisager des corrections ou des ajustements pour nous-mêmes et dans nos compréhensions en tant que coachs.

 

 

Pistes pour un coaching de transition.

 

En guise d’introduction ici je rappelle d’abord ce qu’est véritablement le coaching de transition et quel est son champs d’action ainsi que son apport dans une démarche d’accompagnement.

« Une transition de vie est un changement du système de représentation interne personnel et interpersonnel d’un individu. Les transitions de vie sont des occasions précieuses et uniques de modifier notre rapport au monde. Chaque individu vit des moments de passage entre ce qu’il était, ce qu’il est aujourd’hui et ce qu’il veut devenir »[28].

Accompagner une ou des personnes à « transiter » d’un point A vers un point B de leur existence, c’est passer par des phases incontournables :

  • Le détachement et le changement, là où tout commence après la prise de décision,

  • La phase « de prise de mer » ou la zone d’entre deux, avec toute l’incertitude et difficultés que l’individu peut rencontrer sur son chemin,

  • La restructuration et l’intégration de cette nouvelle donne ou le nouveau départ déjà en acceptation.

 

Lorsqu’une action de changement est entamée, il va s’agir le plus souvent pour le client d’appréhender et d’essayer d’autres comportements, d’autres attitudes, une autre forme de fonctionnement qui lui est propre.

Il sera alors amené à rencontrer lors de cette transition, à travers les phases plus ou moins difficiles, ce qu’il veut exactement et « à quel port il souhaite accoster » avec précision, compréhension qu’il aura « en arpentant le chemin ».

C’est justement lors de cette étape incertaine qu’il va se rendre compte de la différence entre les moyens en sa possession et ceux qu’il s’est fixé à atteindre. C’est pour cela que, lors d’une telle transition, des sentiments d’échec et de dépréciation peuvent apparaitre.

Comment mener à bien ce processus de changement si important pour le ou les coaché(s) qui se trouvent face à des situations de vie difficiles et compliquées à vivre? Comment faire en sorte que ce changement soit le plus équilibré et moins douloureux au possible ?

 

Le vrai apport du coaching ici serait de provoquer un bouleversement dans le fonctionnement des partenaires accompagnés. De leur permettre de déclencher le dépassement de soi,  de prendre conscience de ce qui se passe exactement pour eux à ce moment précis de leur cheminement. Les aider à identifier ce qui les freine et trouver le moyen d’agir pour y remédier. Au cours de cette démarche d’accompagnement, les personnes vont pouvoir explorer leurs propres doutes et incertitudes et choisir en conscience les actions porteuses de sens.      

 

Pour mener à bien le processus, il est important de comprendre le système dans lequel évolue le couple, la nature du deuil et les formes de communication qui sont un frein à son équilibre.

 

 

Pourquoi je m’attarde sur l’approche systémique?

 

Selon Françoise KOURILSKY[29] , l’originalité du modèle systémique appliqué au coaching réside en ce qu’il est centré sur la « construction de la réalité » du coaché et ses modes d’interaction qui en résultent, et non sur les présupposés conceptuels théoriques du coach.

L’approche systémique a été abordée pour la première fois par les fondateurs de  l’Ecole Palo Alto [30]  et notamment Gregory Bateson dans les années 50 en Californie.

L’approche systémique ne se focalise pas sur l’identité individuelle du coaché, mais sur la nature de ses interactions avec lui-même, avec les autres, dans sa vie personnelle ou de couple. Ces interactions s’influencent mutuellement et, dans la mesure où elles sont interdépendantes, façonnent fortement l’existence de l’individu.

Ce qui est important à explorer donc pour un coach, ce sont les relations entre les deux partenaires coachés, mais aussi la relation entre leur identité commune et leur environnement.

Il me semble important de faire la distinction suivante : une approche psychanalytique va s’attarder sur les raisons psychologiques qui amènent à choisir telle ou telle personne,  alors que l’approche systémique permet de comprendre la manière de communiquer, le fonctionnement émotionnel de chacun à l’intérieur du couple et la façon dont les membres du couple vont maintenir leur affectivité.

Pour comprendre le système dans lequel évolue le couple il est nécessaire de percevoir les règles établies dans la relation par chaque partenaire.

Quelle est l’organisation relationnelle qui le caractérise ? Comment les individus communiquent entre eux ?

F. KOURILSKY stipule également que dans tout système existe une tendance à maintenir l’homogénéité dans les interactions. Cette recherche d’équilibre est appelée homéostasie[31].

Face à des actions venues de l’extérieur, le système jusque là stable va subir des perturbations. L’enjeu est de retrouver un équilibre convenable pour chacun.

Il me parait important d’approfondir l’étude du phénomène d’homéostasie. Je reviens sur l’exemple que j’ai cité dans l’introduction de ce travail. Henry cherche à retrouver sa place au sein du couple et ses marques dans la maison investie par sa partenaire depuis de nombreuses années. Il a quelques fois peur de se sentir comme un étranger dans sa propre maison. Et le blocage se fait nettement ressentir jusqu'à un certain malaise entre les deux. Il lui faudrait redéfinir le cadre de cette « nouvelle » relation, redéfinir les rôles, redéfinir les tâches, voire les aspirations de chacun. L’homéostasie sera rétablie lorsque le couple trouvera un nouvel équilibre, non pas en reprenant son mode de fonctionnement antérieur au départ à la retraite d’Henry, mais en développant un nouveau mode de fonctionnement.

Pour revenir sur ma pratique individuelle de coach et pour aller plus loin dans ma réflexion personnelle en accompagnement de couple, dans un premier temps, je proposerai aux partenaires d’échanger autour de l’événement « déclencheur » de cette perte d’équilibre. Il est important de pouvoir établir un espace de communication où les individus peuvent s’exprimer librement : comment chacun perçoit cet événement d’abord de son point de vu personnel ?  Cette conversation peut intervenir éventuellement après avoir analysé les questionnaires (voir Annexe T1 et T2). Cette démarche pourrait clarifier les points suivants :

  • A quel point cet événement a impacté leur relation ?

  • De quelle façon concrètement ils ont vécu cela ?

  • Comment se sont-ils sentis individuellement après cet événement ?

  • Chacun des partenaires a–t-il pris le temps d’écouter l’autre pour lui laisser la possibilité de s’exprimer sur la problématique ?

 

Cet échange autour de « l’événement » peut prendre le temps d’un entretien entier. Il peut révéler des détails importants non pris en compte ou sous-estimés, qui pourtant ont une grande importance.

Dans une seconde approche, je proposerai aux partenaires de réfléchir autour du ou des changement(s) que cet événement a pu provoquer dans leur « couple-système ».

  • Comment ce changement a-t-il été perçu pour chacun ?

  • Les partenaires ont-ils ressentis une menace individuelle suite à ce changement  et si oui, laquelle?

  • Ce changement menace t-il le couple dans son ensemble et si oui, en quoi ?

Ainsi des informations complémentaires de ce qui se passe réellement peuvent ressortir au grand jour. Des messages plus ou moins importants jusque là ignorés ou comptés comme non-importants peuvent sortir en surface mais aussi un éclairage sur les attentes qu’ils ont l’un envers l’autre.

Dans ce cas le coach, via cette stratégie de questionnement, permettra aux partenaires de revisiter en profondeur cet événement et d’en comprendre le sens. Il va aussi les « placer dans un environnement », où, ils pourront se questionner sur la cohérence et le sens de leurs actions, leur condition de conjoints, tout en prenant compte de leur responsabilité et de leur éthique dans le couple. 

 

 

Le deuil, comment faire?

 

Il est indispensable pour nous en tant que coachs de connaitre le processus de deuil. Comme je l’avais remarqué dans la première partie, le deuil peut être défini comme une perte soudaine et brutale de quelque chose de cher et précieux pour l’individu. Il ne s’agit pas toujours de la perte d’un être cher, comme le définissent pratiquement tous les dictionnaires. La perte de l’emploi suite à un départ à la retraite par exemple peut être vécue très difficilement.

Les graphiques, représentants le processus de deuil en forme de courbes nommées « J » ou « U », sont utilisés très fréquemment et je n’ai pas jugé utile de les reproduire ici. Je suis persuadé toutefois, que le fait de présenter une courbe avec les différents stades et états internes de la personne traversant une situation de deuil, peut s’avérer bénéfique. Le fait de visualiser les différentes phases du processus permettrait de se situer avec précision, voire de mieux appréhender ses propres ressentis.

C’est d’autant plus valable lors de la présentation des phases « descendantes » de la courbe :

  • La phase de déni : l’individu est dans le flou total et ne comprend pas ce qui lui arrive exactement. Il n’accepte pas les faits et continu d’agir comme si de rien n’était. Il est auto-persuadé que ce qu’il vit ne durera pas longtemps et que « les choses vont vite revenir à la normale ».  Il est important à mon sens de poser « les jalons » par un questionnement simple : Quels sont les faits ? En quoi ce qui vous arrive vous semble-t-il être de votre fait ? Est-ce vous qui l’auriez provoqué ?

  • La phase de la colère : l’individu est persuadé de « l’injustice totale » de cette situation. Il éprouve un sentiment de rejet, car il ne « mérite surtout pas ça ». Il a toujours fait tout ce qu’il pouvait pour éviter cela, fait de son mieux. J’ai pu observer, lors de mes pratiques de coaching et notamment d’un individu licencié abusivement, un certain apaisement et une prise de conscience grâce à la visualisation d’une courbe U.

  • La phase de la dépression : ou la phase « critique » où la personne parvient enfin à entrer dans le vif de la perte à accepter, elle se prépare à perdre quelque chose d’essentiel, qui touche son identité sociale, son identité tout-court. Dans l’exemple d’un départ à la retraite, la personne va revivre les meilleurs moments de sa carrière avec un sentiment de douleur et de tristesse. Pouvoir exprimer le sentiment, le partager devant un ou des tiers compatissants, juste là pour accueillir sans rien dire, lui donner un sens, sans chercher à le minimiser : de là viendra le réconfort.

Avec, dans la continuité, la phase d’acceptation, le pardon et la quête de nouveau sens, le deuil s’approche des processus de reconditionnement et régulation, présent dans le processus d’homéostasie. La séparation ou la perte de quelque chose d’important pour l’individu refond en profondeur son espace vital et son existence. Notre rôle de coach est ici assez délicat : Comment accompagner le passage entre ces phases difficiles à vivre en préservant sa dignité et son équilibre interne ? Comment l’aider à se centrer sur lui-même, s’ouvrir à ses sentiments ? Comment l’aider à réintroduire de la cohérence et de la confiance dans sa vie et retrouver le sentiment de sa propre valeur dans le concret ?

Ce qui me semble intéressant de déterminer avec le coaché, c’est bien là où il se situe, au niveau de quelle phase il en est ? L’idée est d’insister sur le fait qu’après la perte de quelque chose, il y a autre chose. Par ailleurs, il s’agit de le rassurer en lui permettant de visualiser le chemin qui lui reste à parcourir.

En tant que coach, face à des personnes accompagnées en situation de deuil, nous pourrons leur permettre finalement de modifier leur représentation de la perte. C’est un processus, où le sentiment de perdre quelque chose de précieux peut se transformer en « j’ai perdu (…), mais ainsi je gagne (…) ». Le but final étant que ce processus à la base douloureux soit ressenti plus positivement. Watzlawick raconte l'histoire suivante : « Le jour où elle est entrée à l'école maternelle, une petite fille de quatre ans a tellement mal supporté de voir sa mère partir, que la mère a dû passer la journée à l'école avec elle. Les jours suivants, la scène s'est répétée et la mère a toujours été obligée de rester. Rapidement, la situation est devenue très pénible pour les personnes concernées, mais toutes les tentatives de solution ont échoué. Un matin, la mère n'a pas pu conduire sa fille à l'école, et c'est le père qui l'a déposée en allant à son travail. L'enfant a pleuré un peu, mais s'est vite calmée. Quand la mère l'a ramenée à l'école le lendemain matin, il n'y a pas eu de rechute, l'enfant est restée calme et n'a jamais recommencé depuis. »

La petite fille a fait le deuil de la présence continue de sa maman.

 

Impact de la double contrainte de Bateson.

 

Toujours par un souci de comprendre les fondements de la communication entre les deux partenaires, j’aborde ici la notion de double contrainte introduite par Bateson et son équipe. Initialement ses études ont été destinées à des recherches en thérapie familiale. J’ai trouvé pour ma part que des éléments d’aide à la réflexion peuvent être empruntés à ces études.

 

5 éléments sont nécessaires pour constituer la double contrainte :

  • La présence d’où moins deux personnes : une victime et une autre qui lui impose la double contrainte,

  • Une expérience répétée : la double contrainte revient régulièrement dans la communication,

  • Une injonction primaire négative qui prend la forme d’une menace : « Aimes moi ou je me fâcherai » ou « Si tu ne m’aimes pas, je me fâcherai » Ici la menace est que celui qui impose cette communication va s’énerver et couper la communication.

  • Une injonction secondaire, qui contredit la première à un niveau plus abstrait, tout en étant, comme elle, renforcée par certains signaux menaçant qui peuvent être exprimés verbalement ou non (gestes, mimiques, intonations). Si je poursuis mon exemple : «Tu ne devrais pas trop te rapprocher de moi ». Au final, le partenaire, sous peine de ne pas pouvoir aimer son conjoint, ne peut l’approcher pour autant…

  • Une injonction négative tertiaire, qui interdit à la victime d’échapper à la situation. Celle-ci peut être inhérente à la situation (Un conjoint peut ne pas avoir les moyens physiques ou psychologiques de quitter son partenaire), ou bien être instituée par des stratagèmes comme celui de présenter la fuite comme pire que la situation actuelle.  Exemple : « Tout le monde sait que je suis entièrement dévoué(e) à mon couple ; si tu me critiques, on te prendra pour un (e) ingrat(e) et un(e)   méchant(e) ». Cet élément est fondamental, car si la « victime » n’est pas prisonnière, la double injonction peut agir positivement en l’amenant à changer son fonctionnement habituel et évoluer.

De cette façon la double contrainte, une fois inscrite dans le contexte relationnel, agit sur la « victime », même si un seul de ces éléments est présent (un simple soupir «résigné » suffit…). Un individu soumis à une double contrainte reste incapable d’utiliser la métacommunication. Or, c’est précisément le fait de pouvoir métacommuniquer qui rend les relations entre les conjoints fluides et satisfaisantes.

Je rappelle que la métacommunication est, selon G. Bateson, un ensemble des mimiques, attitudes, intonations, signaux affectifs qui accompagnent l’énoncé d’un message verbal et en renforcent, modifiant ou infirmant son contenu. La métacommunication dans ses différentes formes montre combien la communication humaine est riche et complexe.

Comme processus, cela signifie que nous ne pouvons pas ne pas métacommuniquer dans le sens où nous transmettons constamment des méta-messages, positifs ou négatifs, à nos interlocuteurs à travers nos expressions verbales et non verbales.

Ce qui est important pour un coach se trouvant face à la double contrainte :

  • De mettre en place une stratégie de questionnement qui permet de distinguer clairement la présence d’une telle communication entre les partenaires : « Pouvez-vous expliquer ce que vous voulez dire exactement en disant cela » ? (Ce qui nous rapproche du Métamodèle)

  • D’essayer de clarifier quel est le but ou les intentions visées par un tel comportement : « Qu’attendez-vous exactement de votre conjoint » ?

  • Tenter de restaurer la métacommunication : Permettre aux partenaires de pouvoir communiquer à propos de leur communication. Leur permettre de se placer « au-dessus » de l’échange en cours. Cela revient à faire une pause dans cet échange pour communiquer à propos de son contenu, de son évolution, de ses qualités, de ses obstacles ou de ses manques.

 

Repérer la double contrainte, l’identifier clairement, va nous aider à stimuler le retour de l’équilibre dans la relation. Le but va être de sensibiliser sur les effets toxiques d’une telle communication, mais aussi de prendre du recul par rapport au contenu des échanges pour essayer de rendre plus visible le comportement de chacun. Ici le coaching peut permettre concrètement une prise de recul, de changer d’angle de vu pour chacun des partenaires. Un éclairage différent, une compréhension nouvelle de la situation vécue. Les changements ainsi provoqués par une nouvelle compréhension des enjeux, de leurs propres besoins, permettront aux personnes accompagnées de prendre les devants et de devenir acteurs de leur relation, en phase avec eux-mêmes et dans le cadre dans lequel ils évoluent. Le coaching peut favoriser aussi un espace de réflexion de leur engagement autour de cette problématique : comment s’y prendre en tant que conjoint pour améliorer la communication avec l’autre ?       

 

Modèles de communication de Watzlawick et Bateson.

 

Selon Watzlawick[32], la communication sert généralement à confirmer l’autre dans son identité et dans sa valeur et comprend toujours, de manière sous-entendue, les messages suivants : « C’est ainsi que je me vois », « C’est ainsi que je te vois », mais aussi « C’est ainsi que je te vois me voir ». Lorsque cette confirmation est absente ou menacée par un type de communication dysfonctionnelle, on dit du système qu’il est en crise. Ainsi, lorsqu’il y a des difficultés dans le mode de communication d’un couple, son équilibre est menacé. Lorsque deux individus sont en interaction, le comportement de chacun influence celui de l’autre.   Pour étayer leur raisonnement notamment sur cette confirmation mutuelle de la communication, tout d’abord Bateson, et en suite Watzlawick réfléchissent en mettant au point cinq règles de base[33] :

  • Il est impossible de ne pas communiquer : cela signifie que tout comportement, verbal ou non verbal, est obligatoirement une communication de quelque chose. C’est à dire qu’il n’est pas nécessaire que les deux partenaires se parlent pour communiquer : « Un système de communication s’établit dès lors que deux personnes prennent conscience qu’ils sont entrés dans le champ de conscience réciproque ».

L’idée de présenter au deux conjoints le fait qu’ils communiquent « même quand ils ne se parlent pas » ou « se tournent le dos », me séduit tout particulièrement.

 

  • Selon la deuxième règle, il existe des différents niveaux dans la communication : les auteurs démontrent qu’un message ne se réduit pas à l’information qu’il émet mais comporte deux niveaux, celui du contenu et celui de la relation. Si l’un des deux conjoints dit à l’autre « Arrête de dire des bêtises », il l’informe notamment qu’il est en désaccord avec ses propos (c’est le contenu du message). Mais la façon de le dire va lui indiquer dans quel type de relation il entend s’inscrire : s’il s’exprime avec une voix forte et un visage fermé, il marque son attention de déclencher des hostilités. Mais s’il sourit gentiment, il induit plutôt une relation de complicité.

La deuxième règle stipule donc que toute communication présente deux aspects en son sein : le premier est basé sur le contenu et le sens de la conversation, alors que le deuxième comprend la relation de manière plus générale. A partir de l’exemple que j’ai cité plus haut, on remarquera également que c’est la « relation » qui précise comment le « contenu » doit être compris, ce qui nous rapproche potentiellement de la métacommunication.

 

  • Selon la troisième règle, la nature d’une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication entre les partenaires. Le comportement de l’un des partenaires influence le comportement de l’autre, qui lui-même influence le comportement du premier.  Nous avons tendance à considérer notre attitude seulement en réaction au comportement de l’autre en minimisant l’impact de notre propre attitude. Bien qu’un-peu « technique[34] » (elle a été appelée ponctuation de la séquence des faits), cette troisième règle nous renseigne surtout sur la façon dont les partenaires voient et interprètent les événements dans leur relation. Elle nous permet aussi de comprendre quel est le regard qu’ils portent sur leur communication.

 

  • La quatrième règle nous renseigne sur les aspects digital et analogique de la communication. Toute information, quelle qu’elle soit, ne peut être transmise qu’après  avoir été codée. Il faut donc traduire ces codes et les rendre compréhensibles par un interlocuteur. Les auteurs se sont ainsi inspirés du fonctionnement des ordinateurs  et plus particulièrement du comptage et du traitement des données pour nommer cette communication « digitale ». La communication digitale définit le contenu de la relation. Elle possède une structure précise, complexe et logique. Alors que la communication analogique est la communication de la « relation ». C’est pratiquement toute la communication non verbale. Elle ne se résume pas aux seuls mouvements corporels (comme la kinesthésie par exemple). La communication analogique c’est toute la posture, gestuelle, mimique, inflexions de la voix, rythme et intonation des mots. Elle est plus imagée et est mieux adaptée pour exprimer tout ce qui touche au vécu personnel ou provoquer une émotion chez son interlocuteur. Elle laisse davantage de place pour l’interprétation.

 

  • C’est Bateson lui-même qui établit la cinquième règle de base dans la communication. Selon lui, toutes les interactions dans une relation peuvent se définir par un échange. Elles sont soit symétrique, soit complémentaire, et peuvent être basées soit sur leur similitude ou leur différence. Il n’est pas possible de ne pas définir sa relation avec l’autre et de ne pas se positionner. Vouloir ne pas le faire revient déjà à le faire et donc à prendre une position. De la même manière, il est inévitable de ne pas être positionné par son interlocuteur.

Dans une relation symétrique chacun peut échanger sur le contenu et chacun peut donner son opinion. Elle est basée sur l’égalité. Cela peut aboutir à une relation très créative avec un échange constant d’informations et la co-construction d’une relation harmonieuse. Une relation symétrique est satisfaisante lorsque chacun des deux partenaires se respectent mutuellement. Mais la relation symétrique peut également aboutir à une relation conflictuelle dans laquelle chacun va tenter de sortir de la symétrie et à prendre le dessus sur l’autre.

Une relation complémentaire exprime la différence, avec deux positions : l’une haute et l’autre basse. Elle peut être de type parent-enfant par exemple, « Je sais ce qui est bon pour toi, fais moi confiance ». Elle peut être aussi harmonieuse si chacun accepte sa position et confirme la position de l’autre. « Je suis fort avec mes mains, alors que toi, tu es forte en organisation ». Dans une relation complémentaire il est possible également que chacun passe de la position basse à la position haute régulièrement.

L’aspect vraiment pragmatique de ces cinq règles de communication a retenu toute mon attention ici. Elles ne se manifestent pas les unes à coté des autres, mais dans n’importe quel type de communication et elles peuvent entrer en vigueur ensemble. A chacun de ces niveaux, des perturbations peuvent se produire dans la communication et causer des conflits.

Le coaching, avec son vaste champ d’action, va permettre aux personnes accompagnées d’apprendre à se connaître elles-mêmes. Il va aussi permettre de revoir leur mode de fonctionnement lorsqu’elles communiquent ensemble. Renouer le dialogue, instaurer des bases saines d’écoute par une meilleure prise en compte des différences d’opinion de chacun. Le coach va aussi pouvoir démontrer aux partenaires qu’ils sont porteurs de solutions dans leur fort intérieur et qu’il est possible que leur relation puisse aller mieux.

Ce que je retiens pour ma pratique personnelle de coach :

  • Même le message le plus insignifiant venant de la part d’un coaché (insignifiant selon lui) est important et doit être pris en compte dans son intégralité. Cela me permettra de comprendre en profondeur la subjectivité de personnes accompagnées. 

  • Accorder l’importance nécessaire à l’intonation qui accompagne le message exprimé (Je me suis rendu compte lors de mes travaux que j’ai tendance à négliger ce type d’expression).

  • D’être attentif à mes propres émotions et sentiments pendant le processus afin d’empêcher un contre-transfert ou une projection envers les personnes accompagnées.

  • Avoir toujours en tête que le contenu du message peut être différent de son sens profond (Le message de fond peut dévier de son contenu).

  • Etre attentif quant à l’influence que je peux susciter sur l’autre. (Inconsciemment il y aurait toujours de l’influence issue de notre subjectivité profonde).

  • Accorder l’importance nécessaire au processus parallèle. 

 

 

Conclusion

 

L’ensemble de ce travail, basé sur une méthodologie de recherche, met en lumière différents aspects et notions, qui ont participé à la construction de ma pratique professionnelle. Le sujet, tout d’abord, a été passionnant à traiter. Le questionnement, la recherche, le tâtonnement ont été autant de facteurs stimulants dans le cadre de ma formation.

Ensuite, les nombreuses rencontres que j’ai pu faire ont forgé une vision, qui bien qu’elle ne soit pas figée, constitue un point de départ qui éveille en moi motivation, curiosité et passion pour l’avenir. Pour en arriver là, j’ai construit ce mémoire en deux temps : un temps de recherche qui a participé pleinement à enrichir mon savoir, et un temps d’analyse, dans lequel il a davantage été question des liens avec ma pratique professionnelle.

 

Ainsi, concernant le premier temps, il était nécessaire de revenir sur la place qu’occupe le travail dans une vie. En effet, la retraite n’est pas un passage anodin. Nous travaillons pendant plus de 40 ans. L’évolution du monde du travail oblige à s’adapter, à se repenser en termes d’envies, de motivations ou par nécessité face aux mutations incessantes des entreprises.

Nous investissons une grande part de nous-mêmes. Effectivement, le monde du travail est à la fois un lieu dans lequel nous allons chercher de la reconnaissance, de la valorisation, permettant ainsi en partie la construction d’une partie de notre identité, et à la fois, un lieu au sein duquel nous allons expérimenter le processus de socialisation, permettant un sentiment d’appartenance, de création de liens. Ces processus sont sources d’estime de soi.

Pendant notre activité professionnelle, nous allons mettre en place des repères, qui sont autant de jalons que nous posons dans un souci d’équilibre, de bien être.

Dès lors, la retraite va représenter, selon chacun évidemment, une transition qui va conduire à renégocier avec soi-même et son entourage, en particulier, son/sa conjoint(e).

Qui dit perte de repères, dit perte d’identité. Qui sommes-nous ? Qu’allons-nous devenir à l’aube de ces dizaines d’années à venir ? Si bien évidemment, la retraite n’est pas angoissante pour tout le monde, elle est un questionnement pour certains qui vont commencer à se reconstruire un « je ».

La tâche n’est pas aisée : en bougeant les lignes identitaires, les repères, l’individu va embarquer avec lui son couple, vers cette nouvelle tranche de vie.

Alors bien sûr, le couple n’en n’est pas à sa première « crise ». Au fil du temps, il a du s’adapter, selon les situations. Pourtant, le passage à la retraite peut être un peu plus exigeant dans la mesure où il correspond à des moments clé de la vie individuelle de chacun. C’est le moment des bilans, d’un recentrage sur des envies, des priorités jusque là mises de côté. Le facteur temps, qui renvoie à l’image de la vieillesse, vient modifier l’approche que chacun peut avoir avec son aspect physique. Par ailleurs, dans le cadre familial, là encore, ce n’est plus la même donne : les enfants partent, créant un vide.

De nombreuses pertes vont alors surgir. Il va falloir, pour le couple, envisager d’aller vers le changement.

Pas si simple. Le couple, ce sont deux êtres distincts. Pour tenir, chacun a du mettre dans la balance un peu de soi. Il a fallu définir des règles de départ, les rôles que chacun devait avoir. Tout cela dans l’idée, là encore, que l’on investit et que l’on s’attend à recevoir.

Certes, chaque couple est donc différent. En revanche, la sociologie et la systémie nous montrent qu’il est possible d’analyser, selon les bases et règles de départ, et, en fonction des facteurs internes et externes, le fonctionnement d’un couple.

Par fonctionnement, il s’agit d’interroger les relations qui se sont construites, selon les attentes, les motivations et capacités de chaque conjoint.

A partir de cela, nous pouvons envisager de questionner les liens de dépendances, de fusion ou de solitude. Or, alors que la vie familiale et professionnelle régissait le quotidien, tel une petite musique entêtante, le face à face dans lequel le couple va se retrouver, va venir chambouler ce qui pouvait être vécu comme un équilibre.

Comment parvenir à dépasser les tensions engendrées par ce remue-ménage ?

La communication semble être l’un des moyens prioritaires. C’est sans compter sur les difficultés qu’elle pourrait rencontrer. D’abord, parce que chacun ne va pas vivre ce moment de la même façon ni avec le même « timing ». Ensuite, parce que tout individu va mettre en place des barrières, des brouillages envers cette communication.

L’intérêt est donc d’apprendre à les repérer, à les comprendre et à envisager une communication plus saine, plus fluide qui permettra à chacun de renouer avec l’autre. Cela devra se faire à l’intérieur d’un espace nouveau et d’une temporalité qu’il va falloir apprivoiser.

Compte tenu de l’ensemble de ces enjeux, le coach va devoir remotiver le couple, permettre à chacun de s’appuyer sur ses propres ressources, dans l’idée qu’il puisse parvenir à de nouveaux projets, quels qu’ils soient.

Vaste ambition.

Pour ma part, la question s’est révélée sous l’angle de ma posture, en tant que coach. Que retenir des différentes approches ? Comment envisager mon accompagnement ? Qu’est-ce qui a retenu davantage mon attention ? Sur quels savoirs vais-je pouvoir m’appuyer ? Quelle créativité pourrait naître en moi ?

J’ai évoqué dans ma seconde partie l’idée de partir « vierge », de tout présupposés, objectifs, plans, outils. Il me semble en effet, que le coaching doit pouvoir évoluer sans contrainte afin de prendre en compte les personnes coachées dans leur globalité.

 La complexité concernant l’accompagnement du couple retraité est de prendre en compte l’expérience, le vécu, les habitudes. Les conjoints peuvent ensemble ou à titre individuel ressentir une perte de confiance qui va venir effriter ce qu’ils sont. Comment franchir ces obstacles alors ? Le coach sera garant d’un sentiment de sécurité qu’ils vont devoir retrouver pour avancer. Tel un radar qui peut prévoir les difficultés, le coach sera un guide capable de valoriser ce qu’ils ont été, ce qu’ils sont et ce qu’ils seront.

Par ailleurs, par l’approche systémique, le coach permet au couple de comprendre le fonctionnement de leur système. Il leur permettra de créer de nouvelles idées dans un esprit de coopération et de consensus.    

Bien plus qu’une discipline, un domaine, le coaching va trouver toute sa finalité dans la façon dont je vais me tenir auprès de la personne. Comment entrer en relation ? Comment susciter de la découverte, du changement ?

S’il y a lieu de penser notre action comme un challenge, dans l’intérêt de coaché, il est nécessaire de rester humble afin de laisser émerger l’autonomie, les ressources et potentialités des personnes accompagnées. Il ne s’agit pas de résoudre un problème, il s’agit de poser une à une les pierres d’un édifice, nouveau, que nous pouvons définir par les mots comme projet, avenir ou futur.

Cependant, c’est aussi à travers les difficultés que j’ai rencontré, que j’ai pu affiner ma posture. Je me suis souvent posé la question, au départ, des limites du coaching face au conseil conjugal par exemple. Aborder la question lors du premier entretien avec les partenaires pour expliquer clairement les apports du coaching par rapport aux missions d’un conseiller conjugal me paraissait important. J’ai aussi été tenté de rapprocher les méthodes du coaching et de la psychothérapie. Je me suis inspiré de mes erreurs…

J’ai pu interviewer des personnes qui, en témoignant de leur vécu, m’ont permis de comprendre les problématiques rencontrées dans leur relation. J’ai pu effectuer des nombreux entretiens avec des conjoints, des personnes seules, mais aussi avec des professionnels concernés de près ou de loin par la retraite. Toutefois, j’ai manqué de temps pour trouver et constituer un réseau et une clientèle en conséquence sur la région de la Haute Normandie. Aussi, j’ai pu constater une certaine réserve chez les partenaires à venir consulter un coach, même si leur besoin en ce sens a été clairement identifié. Malgré ces quelques petites difficultés, je compte poursuivre cette démarche et m’investir plus en profondeur encore en proposant mes services de coach aux partenaires retraités.

 

 

Annexes,

 

 

Tableau 1

 

 

Tableau 2

Bibliographie

 

 

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Marguerite et Pierre CHARZAC, Le couple et l’âge, clinique et prise en charge, Edition DUNOD, 2015.

 

 

 

 

[1] Manuel Devenir coach professionnel Linkup coaching

 

[2] Xavier GAULLIER, Les temps de la vie Emploi et retraite, éditions Esprit, 1999.

 

[3] Entretien avec un couple réalisé en décembre 2014.

 

[4] Sondage Opinion Way pour AXA France : les 100 premiers jours de la retraite des Français,  2010

 

[5] Christophe Desjours pour la Commission gouvernementale ‘Violence, travail, emploi et santé’,   mars 2005

 

[6]Jean-Claude KAUFMANN, Sociologie du couple, édition Que sais-je 1999.

 

 

[7] Sophie MUFFANG, La retraite ? Pas si simple !, éditions Ellipse 2009.

 

[8]Lucie MERCIER, A la retraite, re-traiter sa vie, éditions De l’Homme 2000

 

[9]Anastasia BLANCHE, La retraite, une nouvelle vie. éditions Odile Jacob 2014

 

 

[10]Elisabeth KÜBLER-ROSS, La mort : dernière étape de la croissance (1985, 2nd éd),  Éditions du Rocher 1985

 

 

[11]Elliot JAQUES, Mort et crise du milieu de la vie, 1965

 

[12]Danielle QUINODOZ, La crise existentielle du milieu de la vie : la porte étroite, Revue Française de psychanalyse vol. 9, éditions PUF, 2005

 

 

[13]Catherine BERGERET-AMSELEK,La femme en crise, éditions Desclée de brower, 2008

 

[14] Serge HEFEZ, Dans le cœur des hommes, Edition Hachette, 2007

 

[15] J.G LEMAIRE, Le couple, sa vie, sa mort, Editions Payot, 2005

 

[16] Microsociologie de la famille, Edition Que sais-je, 1993.

 

[17] Préface de J-G LEMAIRE, Le couple et l’âge, clinique et prise en charge, Marguerite et Pierre CHARZAC. Edition DUNOD, 2015.

 

[18] Les relations intergénérationnelles au moment de la vieillesse des parents, Gérontologie et société, n°55, 1990

 

[19] E.CAYAT, Un homme, une femme : quoi ?, Payot, petite bibliot. 2007

 

[20] Interview Sciences et Coaching, à l’occasion de la sortie de son livre  L’art véritable du maître coach,  ICF France, mars 2013

 

[21] Alain CARDON, L’art véritable du maître coach, Inter Editions 2011

 

[22]Vincent LENHARDT,  Au cœur de la relation d’aide, Inter Editions 2013.

 

 

[23]Alain CARDON, L’art véritable du maître coach, Inter Editions 2011

 

 

[24]Bartholomew et Hroowitz, Système d’attachements chez l’adulte, traduction 1991

 

[25]Guy BODENMANN , Dyadic coping and the significance of this concept for prevention and therapy, 2008

 

[26] Sur les entretiens communs, sont présents obligatoirement les 2 partenaires.

 

[27]Vincent Lenhardt,Au cœur de la relation d’aide, réflexion sur des fondamentaux de la thérapie et du coaching. InterEdions 2013. 

 

[28] Manuel Devenir coach professionnel, Linkup coaching, page 163

 

[29] Françoise KOURILSKY, Le grand livre du coaching, Eyroles 2008

 

[30] Désigne un groupe de chercheurs d’origines scientifiques diverses qui, à un moment donné de leur activité, ont travaillé à Palo Alto, petite ville de la banlieue de San Francisco. Bateson, le fondateur du groupe y travaille à partir de 1945.

 

[31] Processus de régulation par lequel l'organisme maintient les différentes constantes du milieu intérieur entre les limites des valeurs normales, Larousse 2014.

 

 

[32] P. Watzlawick, J. Beavin et D. Jackson, Une logique de la communication, Seuil, 1972

 

[33] Aussi appelées axiomes parce qu’elles n’ont pas besoin de démonstrations particulières pour être valables.

 

[34] Bateson d’abord et Watzlawick en suite l’ont nommé : La ponctuation de la séquence des faits.

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